Le paradoxe des catastrophes évitables
Le 3 juin 2026, l’Assemblée nationale a voté une ambitieuse loi d’interdiction du cadmium, largement saluée comme une victoire historique, à juste titre. Mais dans une démocratie où la rationalité collective a une place, cette victoire aurait dû aller totalement de soi.

Elle n’apparaît comme historique que sur fond d’échecs répétés de luttes pour l’environnement, la santé et d’autres causes touchant au respect de la vie. Comment en sommes-nous arrivés à vivre avec un tel degré d’impuissance et d’irrationalité ? Et comment en sortir ? Répondre à ces questions supposait de se donner un objet qui n’avait pas été systématiquement étudié en tant que tel : la répétition de catastrophes prévisibles et évitables, voire avérées. Se saisir de cet objet constitue un changement de paradigme dans l’étude des catastrophes, indispensable pour identifier à leur racine les forces et processus qui empêchent d’empêcher les catastrophes, et pour aider les personnes engagées dans des luttes à les contrer.
La première moitié des années 2020 a connu une accumulation exceptionnelle de catastrophes. À celles qui sont là parfois depuis longtemps et font sentir des effets de plus en plus violents (dégradations environnementales, inégalités et grande pauvreté, effets sociaux de la dégradation de services publics…), se sont ajoutées les guerres en Ukraine, à Gaza et en Iran, la progression des attaques contre la démocratie, avec de plus en plus de personnes vivant dans des régimes dictatoriaux ou des démocraties illibérales, le retrait des États-Unis de multiples traités internationaux notamment en matière d’environnement, ou encore les attaques contre les institutions qui, très imparfaitement, tentent de réguler les relations internationales, comme l’ONU et l’OMS. La réélection de Donald Trump fait sentir ses effets en plusieurs endroits de cette série, et apparaît comme une catastrophe en soi. Tout cela donne l’impression que nous sommes brutalement entrés dans une ère d’imprévisibi
