Génocide : la guerre des mots
Le concept de génocide tire sa signification d’une discipline universitaire, le droit international, qui a développé un langage particulier pour décrire les crimes les plus terribles au fil de son évolution. Le droit international n’est pas une discipline abstraite : il est profondément marqué par la jurisprudence des tribunaux internationaux, où sont jugés les litiges entre États, ainsi que par celle des tribunaux nationaux, aussi sollicités sur la base de plaintes de la société civile.

Comme l’explique Paola Gaeta dans notre grand entretien pour Global Challenge, l’évolution doctrinale du concept depuis la seconde guerre mondiale peut être résumée en trois grandes périodes auxquelles s’ajoute désormais une quatrième ouverte par les plus récents développements.
Le concept de génocide en contexte : le point de vue des spécialistes du droit international
Le concept est inscrit dans la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par les États qui voulaient empêcher que les horreurs de la Shoah ne se reproduisent. Parallèlement aux efforts de codification des droits humains, des crimes contre l’humanité, ou des crimes de guerre, qui suivent leur propre évolution, Raphael Lemkin (1900‑1959), juriste juif polonais réfugié aux États‑Unis, invente le terme « génocide » dans Axis Rule in Occupied Europe (1944) pour définir un nouvel abus commis par des États souverains et pour protéger les populations qui en souffriraient à l’avenir. Mais le Tribunal de Nuremberg jugeant les atrocités nazies à partir de 1945, ne reprend pas encore le crime de génocide, car n’existe pas encore en droit international : il consacre juridiquement d’autres termes comme les « crimes contre l’humanité », qui a déjà été utilisé depuis 1915 par la France, le Royaume‑Uni et la Russie pour dénoncer les massacres des Arméniens[1]. Inventé par Hersch Lauterpacht, le terme de « crime contre l’humanité » désigne des actes inhumains commis de manière systé
