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Apocalypse et fins du monde

Philosophe

Et si le véritable danger n’était pas l’apocalypse annoncée, mais notre acceptation de son inéluctabilité ? Du technofascisme de Peter Thiel aux bunkers de milliardaires, le discours de la fin des temps paralyse toute imagination politique. Contre cet imaginaire de l’ennemi, il faut refuser de lui opposer « notre » apocalypse et lui préférer le combat pour une autre fin du monde, à l’école des cosmopolitiques des peuples de la terre.

Apocalypse Now ? L’apocalypse tend à saturer nos imaginaires. Tout à son obsession maladive, Peter Thiel voit dans les figures de l’Antéchrist et de l’Armageddon des figures du « spectre apocalyptique ». De leur côté, dans un article consacré à « la montée du fascisme de la fin des temps », Naomi Klein et Astra Taylor (2025) affirment qu’une « tendance apocalyptique au plus haut d’un gouvernement » est quelque chose d’inédit et parle de « l’attraction apocalyptique du fascisme de fin des temps ».

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Le titre du livre de Quinn Slobodian : Crack-Up Capitalism (Capitalisme de la fragmentation) devient dans sa traduction française : Le Capitalisme de l’apocalypse. L’auteur y recourt d’emblée à la métaphore de la perforation pour signifier la multiplication des zones libérées pour le marché : « Chaque acte de sécession douce […] est une nouvelle petite victoire pour la zone, un autre petit trou dans le commun. ». La multiplication de ces trous que sont les « zones » (aujourd’hui plus de 5400) à l’initiative de milliardaires et de sociétés privées témoigne bien de « décennies d’efforts visant à perforer le tissu social, à faire défection et sécession du collectif[1] ». En quoi y a-t-il là de quoi justifier la reprise du thème de l’apocalypse ? Le « rêve d’un monde sans démocratie », pour reprendre le sous-titre, est-il en passe de se réaliser ?

Ce qui est nouveau, c’est que ces efforts de perforation du commun sont aujourd’hui activement relayés par ceux qui exercent le pouvoir à la tête de l’État US et jouent sciemment sur le « fantasme apocalyptique ». Naomi Klein et Astra Tylor vont plus loin en affirmant : « Comme toujours avec le fascisme, le fantasme apocalyptique contemporain transcende les clivages de classe, et unit les milliardaires à la base MAGA ». Faut-il comprendre que le fait de dépasser les clivages de classe est commun à toutes les formes de fascisme et non propre à sa forme apocalyptique contemporaine ? Et pourquoi les attaques de Trump contre le


[1] Quinn Slobodian, Le Capitalisme de l’apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie, Seuil, 2025, p. 16 (nous soulignons).

[2] Maristella Svampa, Policrisis, Siglo XXI, 2025, p. 30.

[3] Ailton Krenak, Idées pour retarder la fin du monde, Éditions Dehors, 2020,

[4] Maristella Svampa et Enrique Viale, El Colapso ecológico ya llegó, Siglo XXI, 2020.

[5] Eduardo Viveiros de Castro, Postface à Ailton Krenak, Idées pour retarder la fin du monde, Éditions Dehors, p. 57-58.

[6] Moira Millan, Terricide, Editions des femmes, 2025.

[7] Nous remercions vivement Julien Pallotta, traducteur de cette Postface de Viveiros de Castro, de nous avoir éclairé sur le sens de ce passage.

[8] Voir Ernst Bloch, Thomas Münzer Théologien de la révolution, 10/18, 1975.

[9] Jacob Taubes, Eschatologie occidentale, Éditions de l’éclat, 2009, p. 39-40.

[10] Günther Anders, Le temps de la fin, L’Herne, 2025.

[11] Maristella Svampa, Policrisis, op. cit., p. 29.

[12] Voir Perfil, journal argentin du 4 mai 2026.

[13] Perfil, 09 octobre 2025

[14] Perfil, 25 septembre 2025.

Pierre Dardot

Philosophe, Chercheur au Sophiapol, Université Paris Nanterre, Co-animateur du Groupe d’études sur le néolibéralisme et les alternatives (GENA)

Notes

[1] Quinn Slobodian, Le Capitalisme de l’apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie, Seuil, 2025, p. 16 (nous soulignons).

[2] Maristella Svampa, Policrisis, Siglo XXI, 2025, p. 30.

[3] Ailton Krenak, Idées pour retarder la fin du monde, Éditions Dehors, 2020,

[4] Maristella Svampa et Enrique Viale, El Colapso ecológico ya llegó, Siglo XXI, 2020.

[5] Eduardo Viveiros de Castro, Postface à Ailton Krenak, Idées pour retarder la fin du monde, Éditions Dehors, p. 57-58.

[6] Moira Millan, Terricide, Editions des femmes, 2025.

[7] Nous remercions vivement Julien Pallotta, traducteur de cette Postface de Viveiros de Castro, de nous avoir éclairé sur le sens de ce passage.

[8] Voir Ernst Bloch, Thomas Münzer Théologien de la révolution, 10/18, 1975.

[9] Jacob Taubes, Eschatologie occidentale, Éditions de l’éclat, 2009, p. 39-40.

[10] Günther Anders, Le temps de la fin, L’Herne, 2025.

[11] Maristella Svampa, Policrisis, op. cit., p. 29.

[12] Voir Perfil, journal argentin du 4 mai 2026.

[13] Perfil, 09 octobre 2025

[14] Perfil, 25 septembre 2025.