Écologie

Plus le climat pèse, moins les ministres de l’Environnement comptent

Politiste

« La politique n’est pas mon monde » : en déposant le 22 juillet une démission aussitôt refusée, Monique Barbut a rejoué, huit ans après Nicolas Hulot, la scène du ministre de l’Environnement impuissant. Une base de données retraçant les carrières des titulaires du portefeuille en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie depuis 1970 révèle un paradoxe : plus l’enjeu écologique devient saillant, moins ceux qui en ont la charge pèsent dans les arbitrages.

«Je l’ai souvent dit : la politique n’est pas mon monde. » Ces mots de Monique Barbut, ministre de la transition écologique, annonçant le 22 juillet dernier le dépôt de sa démission (refusée) auprès d’Emmanuel Macron, rappelle le « j’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir » de Nicolas Hulot, lors de sa démission surprise le 28 août 2018.

publicité

Les deux ont pourtant été des nominations symboliques puisque ce sont des « experts » de l’environnement : leur carrière de diplomates de l’Environnement éloignés des joutes partisanes leur conférerait une légitimité technique chère au projet originel du macronisme. Nicolas Hulot était même ministre d’État et second dans l’ordre protocolaire, tandis que Monique Barbut est quatrième, devant les ministres de la Justice et des Finances, ce qui témoigne d’une mise en avant particulière. Ils semblent malgré cela dépassés dans leur capacité à peser dans les arbitrages gouvernementaux, ce qui a entraîné leur démission.

Ces cas posent la question du réel pouvoir individuel des ministres de l’Environnement alors même que leur champ d’action s’est considérablement développé depuis sa création en 1970 et que l’attention aux enjeux environnementaux s’est accrue avec les crises. Le premier ministère de l’Environnement, « ministère de l’impossible » selon l’expression de son propriétaire, au maigre budget et parfois subordonné à un autre portefeuille, n’a plus grand-chose à voir avec l’actuel. De l’intégration de compétences comme l’aménagement du territoire en 1997, en passant par la création d’Agences nationales, à la création d’un « Grand ministère de l’Environnement » en 2007, celui-ci a bien grandi en France.

Les réponses politiques se sont en parallèle multipliées en Europe : la création de ministères dédiés, l’européanisation des politiques publiques environnementales et l’essor des partis écologistes en sont des exemples. Pourtant, l’environnement semble régulièrement passer au second plan en dehors des catastrophes clima


[1] Davide Vittori et al., « Technocracy above partisanship? Comparing the appeal of non-partisan and partisan experts as ministers – A survey in 14 countries », The British Journal of Politics and International Relations, vol. 26, 2024.

[2] Juliette Bresson, Étienne Ollion, « Que sont les députés novices devenus ? Sociologie d’une promesse non tenue », L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir (dir. Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel et Rémi Lefebvre), Presses Universitaires de Grenoble, 2022.

[3] Despina Alexiadou, Hakan Gunaydin, « Commitment or expertise? Technocratic appointments as political responses to economic crises », European Journal of Political Research, vol. 58, 2019.

[4] Helene Helboe Pedersen, Gideon Rahat, « Political personalization and personalized politics within and beyond the behavioural arena », Party Politics, vol. 27, 2021.

[5] Despina Alexiadou, Ideologues, Partisans, and Loyalists: Ministers and Policymaking in Parliamentary Cabinets, Oxford University Press, 2016.

[6] Malo Jan, « L’opposition aux politiques climatiques comme stratégie électorale : La conflictualisation de la compétition partisane sur les enjeux écologiques en France (1981-2024) », Revue Française de science politique, vol. 75, 2025.

Joseph Botton

Politiste, Doctorant à l’ADEME et au Laboratoire PACTE

Notes

[1] Davide Vittori et al., « Technocracy above partisanship? Comparing the appeal of non-partisan and partisan experts as ministers – A survey in 14 countries », The British Journal of Politics and International Relations, vol. 26, 2024.

[2] Juliette Bresson, Étienne Ollion, « Que sont les députés novices devenus ? Sociologie d’une promesse non tenue », L’entreprise Macron à l’épreuve du pouvoir (dir. Bernard Dolez, Anne-Cécile Douillet, Julien Fretel et Rémi Lefebvre), Presses Universitaires de Grenoble, 2022.

[3] Despina Alexiadou, Hakan Gunaydin, « Commitment or expertise? Technocratic appointments as political responses to economic crises », European Journal of Political Research, vol. 58, 2019.

[4] Helene Helboe Pedersen, Gideon Rahat, « Political personalization and personalized politics within and beyond the behavioural arena », Party Politics, vol. 27, 2021.

[5] Despina Alexiadou, Ideologues, Partisans, and Loyalists: Ministers and Policymaking in Parliamentary Cabinets, Oxford University Press, 2016.

[6] Malo Jan, « L’opposition aux politiques climatiques comme stratégie électorale : La conflictualisation de la compétition partisane sur les enjeux écologiques en France (1981-2024) », Revue Française de science politique, vol. 75, 2025.