La place des enfants placés
La protection de l’enfance fonde son intervention sur la minorité de ses bénéficiaires et sur l’évaluation de leur situation familiale, que celle-ci soit caractérisée par sa dangerosité ou par un éloignement, comme pour les jeunes migrant·es isolé·es sur le territoire français, appelé·es Mineur·es non accompagné·es (MNA). Elle constitue en ce sens un point d’observation privilégié pour saisir les liens entre politiques d’encadrement de la jeunesse et reconfigurations de la domination adulte[1].

On peut se demander ainsi comment ces catégories produites par l’État, distinguant des jeunes MNA et des jeunes placé·es nationaux·ales, induisent des formes de traitement différenciées au sein de l’accompagnement prévu par la protection de l’enfance. La mise en regard de l’encadrement de ces deux catégories de la jeunesse dite « vulnérable » permet alors de visibiliser les rapports de pouvoir qui s’articulent à la domination en raison de l’âge, produisant des effets spécifiques en fonction de l’intersection d’autres rapports sociaux (de genre, de race, de classe, de nationalité).
D’un côté, la protection de l’enfance incorpore paradoxalement les enjeux du contrôle migratoire, d’abord au moment de l’évaluation de la minorité conditionnant la prise en charge, puis via les doutes récurrents formulés sur « l’âge réel » des jeunes exilé·es et la soumission de leurs aspirations à l’impératif de la régularisation. Elle produit alors des formes d’adultification que l’on peut documenter. De l’autre, elle s’appuie sur une évaluation quotidienne par les professionnel·les de l’adéquation du comportement, des pratiques et discours des jeunes placé·es avec leur âge biologique et les représentations sociales de jeunesse afférentes, fréquemment au prix de leur infantilisation.
À partir de deux enquêtes[2] réalisées respectivement dans trois dispositifs spécifiquement consacrés à l’accueil des MNA et/ou jeunes majeur·es étranger·ères et dans trois lieux de placement collectifs habi
