L’architecture, instrument des guerres culturelles
Dans un contexte mondial marqué par la montée des discours populistes et autoritaires, l’architecture apparaît comme un vecteur privilégié de construction identitaire et un instrument majeur des guerres culturelles. Si les formes de représentation du pouvoir et, par conséquent, l’instrumentalisation politique de l’architecture relèvent de phénomènes de longue durée, le XVIIIe siècle marque une rupture décisive.

Avec l’émergence d’une sphère et d’une opinion publiques[1], les modalités de légitimation de l’architecture se complexifient. Par la suite, la multiplication des acteurs au sein des régimes démocratiques du XXe siècle ne fait qu’accentuer le rôle de l’architecture comme instrument des « guerres culturelles ». L’« entrée architecturale » constitue ainsi un point de départ particulièrement fécond pour éclairer certaines dérives populistes et autoritaires contemporaines.
Dans une dynamique caractéristique des rhétoriques populistes-autoritaires – qui consiste à polariser les opinions autour d’alternatives fallacieuses et, en définitive, à fabriquer des ennemis imaginaires afin de détourner l’attention des véritables enjeux –, l’architecture constitue un instrument particulièrement efficace. Elle permet de donner une forme concrète et immédiatement perceptible à des récits politiques autrement complexes. Sa matérialité, sa visibilité et sa capacité à devenir image en font un support privilégié de la simplification du débat public. Comme nous le verrons, cette logique nourrit un discours démagogique récurrent contre la modernité architecturale, et plus particulièrement contre le logement social, cible privilégiée des forces conservatrices depuis les années 1970. Elle révèle la continuité historique qui relie certains présupposés du néolibéralisme aux plus récentes formes d’autoritarisme d’extrême droite.
Néoclassicismes identitaires et postmodernité
Aux États-Unis, le décret visant à promouvoir une « belle architecture civique fédérale » a été promulgué
