L’État est-il accro au tabac ?
Le 9 juillet 2026, l’ONG Contrefeu a publié une tribune signée par six anciens ministres de la Santé pour marquer les 50 ans de l’adoption de la loi Veil (première loi française de lutte contre le tabagisme, adoptée le 9 juillet 1976). Ce texte, amorcé par l’entourage ministériel de Simone Veil, est considéré comme un jalon particulièrement significatif de l’histoire de la régulation politique du tabac en France car il installait une approche proprement sanitaire d’un produit historiquement considéré prioritairement, voire uniquement, comme un bien économique, sous l’angle des activités productives (agricoles, industrielles) et commerciales (distribution par le réseau des buralistes, marketing et publicité) associées à ce bien de consommation.

La loi Veil s’inscrit dans une dynamique internationale amorcée en 1964 par une publication du Surgeon General, l’autorité de santé publique étatsunienne, qui établissait un lien entre le tabagisme et le développement de cancers du poumon. Depuis, le volet sanitaire de la régulation du tabac n’a cessé de s’étoffer, via des textes internationaux comme la Convention-cadre de lutte anti-tabac (CCLAT) de l’Organisation mondiale de la santé (premier traité international négocié sous l’égide de l’OMS, adopté en 2003 et entré en vigueur en 2005) ou la directive européenne sur les produits du tabac (adoptée pour la première fois en 1990 et approfondie par plusieurs révisions depuis), qui ont servi d’appui à des décisions nationales, régionales ou locales étendant le contrôle du tabac, en accentuant la pression tant sur les producteurs que sur les consommateurs, tout en diversifiant la gamme des modalités d’intervention publique.
C’est en effet une lutte farouche qui se déploie depuis l’affirmation d’un cadrage sanitaire du tabac, une lutte tant politique que symbolique, économique que scientifique. Au cœur des échanges de coups renouvelés entre les acteurs économiques du tabac et les groupes qui se mobilisent pour faire adve
