Peut-on encore croire au paysage ?
Quiconque a voyagé en Europe depuis quelques mois n’a pu que constater l’état de dégradation de ses paysages. En cause non seulement la violence, la durée et l’extension des incendies, voire leur caractère inextinguible, qui ont touché le Nord et le Sud, l’Ouest et l’Est, en laissant après eux angoisses et destructions. Mais aussi le spectacle de l’assèchement des cours d’eau, des plus modestes jusqu’aux plus importants, comme le Rhin, le Pô ou le Danube.

Ce qui frappait la vue, c’était également la sécheresse des sols, où les surfaces d’herbes jaunâtres se répandaient, où les plantes grillaient littéralement sur pied, et souffraient les quelques troupeaux qui s’y trouvaient encore.
Les villes, petites et grandes, affectées par la hausse interminable des températures, étaient devenues des lieux de suffocation dont les rues et les places sans ombre étaient autant que possible désertées, chacun cherchant à se confiner dans des îlots de fraîcheur. Les conséquences économiques et sociales de ces bouleversements des cadres de vie sont considérables. Mais non moins importants sont les effets sanitaires et psychiques de cette situation pour les populations qui en ont été les victimes et les témoins, et qui ont vu (et vécu) la destruction brutale de leurs paysages ordinaires. On craint maintenant les inondations d’automne.
Dans ce contexte, on a évoqué l’état avancé de crise écologique dans lequel se trouvent les sociétés contemporaines. On a désigné le réchauffement des températures planétaires, qui semble irréversible. On a incriminé l’impréparation, l’impuissance, l’inconscience des acteurs publics et privés et parfois on s’est indigné de leur négligence. On a mis en évidence parmi les causes profondes de la crise, les conceptions et les pratiques extractivistes et productivistes de la vie humaine individuelle et collective et les formes de vie qu’elles ont sédimentées[1]. Mais à toutes ces analyses et observations critiques, il a manqué cependant une pensée du
