Société

Les fiertés, vues des banlieues

sociologue

Samedi dernier a eu lieu la Pride à Paris, après son report pour cause de canicule. Depuis juin, la saison des marches des fiertés LGBTQI+ bat son plein, des métropoles aux villages, jusque dans les quartiers populaires. Pour se rendre visible et revendiquer son droit à la vie, à la rue. Pourtant, tout le monde n’y participe pas, et notamment des hommes vivant ou ayant vécu en banlieue. Qu’est-ce que leur vision nous apprend des formes que prend la fierté ?

Selon le décompte d’Amnesty International, 113 marches des fiertés se déroulent cette année en France, un record selon l’organisation. Le 27 juin pourtant, la Marche de Paris, la plus centrale, la plus regardée, a été annulée la veille, sur demande du préfet de police pour cause de canicule historique.

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Quelques semaines plus tôt, à quelques kilomètres de là, la Pride des Banlieues avait eu lieu comme prévu le 6 juin à La Courneuve, avec un mot d’ordre sur le logement digne pour tous·tes plutôt que sur la seule visibilité. Avec, il semble, un moindre écho médiatique, résultat sans doute de stratégies internes au mouvement, mais aussi d’un caractère désormais moins exceptionnel aux yeux des médias, cette marche continue pourtant son chemin depuis 2019, après s’être fait connaître, selon la représentation médiatique dominante, pour avoir rendu visibles les minorités de genre et de sexualité dans des territoires leur étant hostiles.

Plutôt que de repartir, une fois de plus, des discours qui se tiennent sur ces marches, par leurs organisateur·ices et participant·es, et des messages qui y sont associés (homophobie de banlieue, revendication de la fierté, etc.), je propose dans cet article de partir de la parole d’hommes vivant ou ayant vécu dans les grands ensembles, de ce qu’ils font, disent et taisent dans leur vie ordinaire, et des façons dont ils se positionnent vis-à-vis des marches.

Non que leur vie soit plus ordinaire que celle des autres gays, la Pride restant un moment extraordinaire pour la plupart d’entre eux aussi, leur parole, dans ce qu’elle a de quotidien, reste pour autant largement absente d’un débat public qui ne les convoque que pour parler d’homophobie supposée ou de visibilité attendue. Par ailleurs, cette attention à l’ordinaire de la sexualité ne nie pas l’importance de ces mouvements : le 25 juillet, un attentat a visé la Pride de Berlin, faisant une morte et vingt-neuf blessé·es, rappel brutal que la menace qui pèse sur les personnes LGB


Axel Ravier

sociologue, maître de conférences à l'université paris 8

Mots-clés

Sexualité