International

La longue éclipse de la gauche italienne

Historienne

Le 8 octobre, l’Italie a adopté la nouvelle loi électorale voulue par Giorgia Meloni : retour à la proportionnelle, mais avec une prime majoritaire taillée pour assurer à la coalition sortante une majorité écrasante en 2027. Une manœuvre d’autant plus aisée que la gauche italienne s’est évaporée : trois décennies de conversion néolibérale, du PDS au Parti démocrate de Renzi, ont fait de son vote de classe un vote de classe à l’envers.

Les élections nationales de 2027 approchent et la constellation de droite et d’extrême droite italienne est solidement installée au pouvoir, faute d’opposition sérieuse.

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Giorgia Meloni dirige désormais le gouvernement le plus long de l’histoire de la République italienne (le 4 septembre, elle célébrait à Bari, en l’absence remarquée de ses alliés, ses 1 413 jours) et la presse internationale s’enthousiasme à nouveau pour cette cheffe d’État qui a « ouvert la voie du pouvoir à l’extrême droite  » en « fusionnant populisme et modération ». Sa position apparaît d’autant plus forte sur le plan international, que l’avenir des exécutifs européens vacille de la France à l’Allemagne, de la Grande-Bretagne à l’Espagne.

Seule ombre au tableau, la présence dérangeante de l’ex-général Roberto Vannacci et de son nouveau parti, Futuro nazionale, crédité dans les sondages de 8 % des intentions de vote — près du double de la Lega, et légèrement devant Forza Italia. Un parti qui se veut la « vraie droite » et revendiquerait déjà 130 000 membres. Quant à la « gauche », la constitution de ce qu’elle appelle le « campo largo » (le large champ de l’opposition) se résume de plus en plus à une agitation squelettique et désordonnée, bien en deçà des enjeux qu’ouvre 2027 en Italie comme ailleurs, et de la situation du pays. Une occasion de revenir sur la désagrégation de la gauche italienne, sur ses raisons et ses conséquences…

Il y a près d’un quart de siècle, le réalisateur Nanni Moretti s’exclamait : « Avec ce type de dirigeants, nous ne gagnerons jamais. » C’était le soir du 2 février 2002, après une manifestation avec le mot d’ordre de « la loi est égale pour tous », l’une des nombreuses mobilisations de masse contre Silvio Berlusconi auxquelles avaient participé des membres de la coalition de centre gauche, alors appelée l’Ulivo (l’Olivier). Quelques mois plus tôt, cette dernière avait perdu les élections nationales, marquant le retour triomphal de Berlusconi et de sa coalit


[1] Nicola Tranfaglia, Vent’anni con Berlusconi (1993-2013). L’estinzione della sinistra, Garzanti, 2009, p. 41.

[2] Ezio Mauro, « La destra realizzata », la Repubblica, 3 juin 2018 ; Marco Travaglio, « Senza parole », il Fatto Quotidiano, 5 juin 2018 ; Claudio Tito, « L’alleanza giallo-verde e la nuova destra al potere », la Repubblica, 31 mai 2018.

[3] Stefanie Prezioso, « Une contre-révolution rampante », AOC, 19 septembre 2022.

[4] Piero Ignazi, « Partiti statocentrici e autoreferenziali », in Fabrizio Barca, Piero Ignazi, Il triangolo rotto. Partiti, società e Stato, Laterza, 2013.

[5] Giorgio Gaber, « Qualcuno era comunista », in Il teatro canzone, 1992.

[6] Daniel Bensaid, « Sur le retour de la question politico-stratégique », Critique communiste, N°179, mars 2006. – Giorgio Gaber, « Qualcuno era comunista ». – Loris Campetti, Ma come fanno gli operai. Precarietà, solitudine, sfruttamento. Reportage da una classe fantasma, Manni, 2018. – Francesco Merlo, « Troppo finta per essere sinistra », la Repubblica, 28 juin 2017.

[7] Istat, La fiducia nelle istituzioni del Paese – Anno 2024, octobre 2025.

[8] Demos, « Rapporto gli Italiani e lo Stato », janvier 2024.

[9] Peter Mair, « Ruling the Void ? The Hollowing of Western Democracy », New Left Review, n°42, 2006, p. 48.

[10] Antonella Seddone, Fulvio Venturino, « The Partito Democratico after the 2013 elections: all change? », Journal of Modern Italian Studies, N°20, 2015, p. 481. – Discours de Pier Luigi Bersani à l’Assemblée nationale du Parti démocrate, 11 mai 2013; Marco Revelli, Dentro e contro. Quando il populismo è di governo, Bari, Laterza, 2015, p. 44.

[11] Centro italiano studi elettorali (CISE), Primarie PD 2017. Tutti i numeri della partecipazione e del voto, 30 avril 2017. – Marco Revelli, Dentro e contro, p. 56. – Fiorenza Sarzanini, « De Benedetti e l’acquisto delle azioni delle Popolari dopo la telefonata a Renzi », Corriere della Sera, 17 décembre 2018. – Mauro Calise, Fuorigioco. La sinistra cont

Stéfanie Prezioso

Historienne, Professeure à l’Université de Lausanne

Notes

[1] Nicola Tranfaglia, Vent’anni con Berlusconi (1993-2013). L’estinzione della sinistra, Garzanti, 2009, p. 41.

[2] Ezio Mauro, « La destra realizzata », la Repubblica, 3 juin 2018 ; Marco Travaglio, « Senza parole », il Fatto Quotidiano, 5 juin 2018 ; Claudio Tito, « L’alleanza giallo-verde e la nuova destra al potere », la Repubblica, 31 mai 2018.

[3] Stefanie Prezioso, « Une contre-révolution rampante », AOC, 19 septembre 2022.

[4] Piero Ignazi, « Partiti statocentrici e autoreferenziali », in Fabrizio Barca, Piero Ignazi, Il triangolo rotto. Partiti, società e Stato, Laterza, 2013.

[5] Giorgio Gaber, « Qualcuno era comunista », in Il teatro canzone, 1992.

[6] Daniel Bensaid, « Sur le retour de la question politico-stratégique », Critique communiste, N°179, mars 2006. – Giorgio Gaber, « Qualcuno era comunista ». – Loris Campetti, Ma come fanno gli operai. Precarietà, solitudine, sfruttamento. Reportage da una classe fantasma, Manni, 2018. – Francesco Merlo, « Troppo finta per essere sinistra », la Repubblica, 28 juin 2017.

[7] Istat, La fiducia nelle istituzioni del Paese – Anno 2024, octobre 2025.

[8] Demos, « Rapporto gli Italiani e lo Stato », janvier 2024.

[9] Peter Mair, « Ruling the Void ? The Hollowing of Western Democracy », New Left Review, n°42, 2006, p. 48.

[10] Antonella Seddone, Fulvio Venturino, « The Partito Democratico after the 2013 elections: all change? », Journal of Modern Italian Studies, N°20, 2015, p. 481. – Discours de Pier Luigi Bersani à l’Assemblée nationale du Parti démocrate, 11 mai 2013; Marco Revelli, Dentro e contro. Quando il populismo è di governo, Bari, Laterza, 2015, p. 44.

[11] Centro italiano studi elettorali (CISE), Primarie PD 2017. Tutti i numeri della partecipazione e del voto, 30 avril 2017. – Marco Revelli, Dentro e contro, p. 56. – Fiorenza Sarzanini, « De Benedetti e l’acquisto delle azioni delle Popolari dopo la telefonata a Renzi », Corriere della Sera, 17 décembre 2018. – Mauro Calise, Fuorigioco. La sinistra cont