C Critique

Théâtre

Bovary en liberté

maître de conférences en littérature

Avec Bovary, subtil et vertigineux montage d’extraits du roman, des plaidoiries du procès fait à Flaubert et de la correspondance de l’auteur, Tiago Rodrigues (re)prend (le Théâtre de) la Bastille. Sa mise en scène, qui se joue au milieu des pages une à une effeuillées, peut se lire comme une déclaration d’amour à un personnage tout autant que comme un hommage vibrant aux envoûtements toujours éminemment politiques de la littérature.

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1857, année juridique : on y vit se tenir successivement deux retentissants procès littéraires pour outrage aux bonnes mœurs, à la religion et à la morale publique – celui de Baudelaire pour Les Fleurs du mal, celui de Flaubert pour Madame Bovary. Et si le poète fut condamné, et le romancier – plus influent, mieux représenté ­– acquitté, la coïncidence de ces deux procès prend valeur de commun symbole : celui d’une littérature en mutation, élaborant des formes nouvelles dont l’irruption remet en cause les modalités selon lesquelles on pensait jusqu’alors la représentation du réel, le rapport de la forme littéraire à la morale, la responsabilité de l’écrivain. On sent que c’est de ce moment fascinant qu’a voul...

Agathe Novak-Lechevalier

maître de conférences en littérature, Université Paris Ouest Nanterre