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Littérature

Christine Angot : du tournant de la rue au tournant de la vie

Critique

Un tournant de la vie, le nouveau roman de Christine Angot, raconte comment l’irruption d’un ancien amour perturbe la paisible vie conjugale de la narratrice. Avec sa langue si particulière, parfois familière, parfois brutale, mais qui toujours atteint au cœur, Angot reprend le vieux motif du triangle amoureux pour en exprimer la dimension burlesque et tragique.

Le romanesque selon Christine Angot est particulièrement clivant. Il a ses partisans résolus et sans doute minoritaires (j’en suis). Il a ses adversaires facilement véhéments. Et puis il y a ceux qui lisent Angot simplement parce qu’elle dérange, amuse, scandalise. L’intérêt qu’elle suscite vient toujours de ce que la romancière n’a jamais cessé de puiser dans son fond personnel et jusqu’au plus intime. Mais il vient encore de ce qu’elle rend publique sa vie, en particulier ses liaisons amoureuses. Et puis encore de ce que le récit est emporté chez elle par une oralité tantôt stimulante et tantôt simplement bavarde. Toujours est-il que le lecteur acquis ou de bonne volonté trouve en général de quoi faire avec tout ce qui s’offre à lui de la sorte comme aussi avec une manière d’agressivité dressée contre l’injustice du monde dans sa socialité première. La « posture » angotienne toujours provocante nous aura valu au fil des ans une bonne quinzaine de romans dont L’Inceste constitua un pic dans la montée de l’écrivaine vers la notoriété, une notoriété bravant obstacles et rejets. Rappelons-nous l’incipit de ce roman : « J’ai été lesbienne pendant trois mois.» (Stock, p. 11). Mais il s’agirait peu de la liaison homosexuelle ainsi annoncée, le titre du roman pointant plus justement vers un autre thème, celui de l’abus sexuel auquel le père de Christine avait soumis sa fille au temps de l’adolescence et jusqu’à susciter chez elle un traumatisme durable.

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Jacques Dubois

Critique, Professeur émérite de l’Université de Liège