C Critique

Cinéma

Le Martyre de Lazzaro – à propos du film d’Alice Rohrwacher

Historien

Heureux comme Lazzaro raconte, des mots de sa réalisatrice Alice Rohrwacher, « la fin de la civilisation paysanne, la migration aux confins de la ville de milliers de personnes qui ne connaissaient rien à la modernité ». À travers la caméra de Rohrwacher la ruine du monde paysan par la société de consommation, topos du cinéma italien, trouve une nouvelle expression dans cette histoire d’amitié entre un noble et un paysan et d’aventures picaresques.

Dans le temps présent, la question de savoir comment un cinéaste peut immédiatement s’emparer d’une « réalité » dont il est l’observateur pour la reconstruire en une fiction est délicate. Comment éviter de tomber dans le mimétisme des formes les plus codées, les plus visibles, les moins profondes, du mouvement social ? De quelle manière arrêter le flux des images courantes véhiculées par les médias, et donner vie à des personnages, à une histoire s’affranchissant de l’artifice du stéréotype ?

L’historien n’est pas en meilleure posture, quand il veut soumettre à une approche strictement factuelle et événementielle des films qui s’inscrivent dans l’univers personnel et cohérent d’un artiste, dont la liberté d’imagination n’est pas contraire à la rigueur de la proposition politique. Certes, on peut et on doit repérer dans les films l’influence des représentations diffuses d’une société à un moment donné, mais il convient également de décrire comment le cinéma, à son tour, produit une imagerie et une temporalité qui tendent à incarner ...

Christian Delage

Historien, Professeur à l'université Paris VIII