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Théâtre

Architecture : fulgurances et ennui chez Pascal Rambert

Critique

Reprenant la trame classique de la discorde familiale, la pièce de Pascal Rambert Architecture, qui a ouvert le Festival d’Avignon, convoque l’atmosphère sclérosée de la bourgeoisie intellectuelle dans l’Europe du XXe siècle. Traumatisée par les guerres et le nationalisme, mise face à l’imminence de l’horreur, une famille cherche, et échoue, à trouver dans le langage une façon de changer le cours du temps.

Inégalement intenses, les quatre heures de plongée dans les névroses d’une famille d’intellectuels et artistes viennois, sur fond de Mitteleuropa bourgeoise et de fascismes approchants, alternent bouleversantes confessions et monologues sentencieux – tous menés par une excellente troupe de comédiens. Trop bavarde, pas assez dégraissée, parfois complaisante, la pièce reste néanmoins passionnante dans sa volonté de mettre en scène le langage lui-même, d’en explorer les effets contradictoires, d’ausculter la capacité du verbe à détruire et à soigner, à tenter -en vain- d’empêcher la dislocation des êtres et des liens.

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D’où la nécessité du ressassement infini : si la parole ne s’interrompt quasi jamais durant les quatre heures, c’est pour dire à la fois son échec et l’inépuisable refuge qu’elle représente. Les personnages ne cessent de dire et de redire, pour tenter de s’approcher sans cesse de ce qui se dérobe à eux – un avenir inconnu, une angoisse à circonscrire, un désir profond – faisant de la parole le lieu d’un p...