Littérature

L’art brut de la vengeance – sur Christie’s, les nazis et moi de Mathieu Lindon

Journaliste, critique littéraire et écrivain

« Y a-t-il un degré de richesse où la morale est une dépense inutile ? » Vingt ans après Lâcheté d’Air France, Mathieu Lindon signe un nouveau libelle, Christie’s, les nazis et moi : une histoire de spoliation, à propos des puissants et de leurs valeurs, où ils boursicoteraient leur argent en forte hausse et leur honneur en forte baisse.

Le petit livre que vient de faire paraître Mathieu Lindon, Christie’s, les nazis et moi, a un prédécesseur paru en 2002 qui s’intitulait Lâcheté d’Air France. À plus de vingt ans d’écart, les deux livres font exactement la même taille dans le même format ; celui si agréable qui tient dans la poche arrière d’un jean ; où, par un défaut d’honnêteté qui prévaut désormais si grandement dans l’espace public, plus personne ne range son portefeuille ; mais un petit livre moins épais qu’un portable, qui ne déforme pas les poches et que personne n’ira voler, certainement.

publicité

Lâcheté d’Air France et Christie’s, les nazis et moi (ce titre comme échappé d’un dialogue de Tarantino et qu’on ne se lasse d’écrire) relèvent tous les deux du libelle. « Court écrit satirique et diffamatoire » selon la définition de ce genre littéraire par Wikipédia qui me propose au passage cette citation de Voltaire que je ne connaissais pas : « Les honnêtes gens qui pensent sont critiques, les malins sont satiriques, les pervers écrivent des libelles ». Il n’y a pas tellement de satire dans les deux libelles de Lindon, mais plutôt une colérique ironie chez ce grand lecteur de Thomas Bernhardt, comme l’était avant lui son ami Hervé Guibert qui fait par ailleurs une apparition drolatique dans Christie’s, les nazis et moi.

Diffamatoires, ces libelles le sont dès leur titre où le nom d’une société privée ou non (Air France, Christie’s) se voit imprimé sur la couverture d’un livre à côté d’un mot qui vaut comme une flétrissure (lâcheté, nazis). Ce n’est pas tant aux Trois Mousquetaires et à la flétrissure de Milady que songe Mathieu Lindon (quoique) qu’au Comte de Monte Cristo à la fin de Lâcheté d’Air France où il écrit : « Si on savait qu’il y a du Monte-Cristo en chacun de nous, on se conduirait autrement envers nous ». Mais qui, nous ? Avant de conclure par un apophtegme digne d’un moraliste du grand siècle : « C’est si doux quand la vengeance est vertu ». Ou, comme on disait autrefois sous un


Arnaud Viviant

Journaliste, critique littéraire et écrivain

Rayonnages

LivresLittérature