Télévision

Sympathy For The Devil – sur Mr. Scorsese de Rebecca Miller

Critique

Que sait-on vraiment de Martin Scorsese, sinon ce que ses films laissent affleurer ? Dans Mr. Scorsese, Rebecca Miller laisse émerger la porosité entre la vie et l’œuvre d’un cinéaste qui a fait de la violence un des sujets principaux de sa filmographie. Le format de la série permet ici, et c’est la très grande réussite de l’entreprise, de faire de Scorsese le sujet d’un roman d’apprentissage.

On sait depuis longtemps que passer du temps avec Martin Scorsese, c’est être en bonne compagnie. Cinéaste adulé, cinéphile infatigable ou mécène veillant à la restauration du patrimoine cinématographique mondial, l’italo-américain s’est, au fil des années, beaucoup livré face à d’autres caméras que la sienne. Des livres d’entretiens ou documentaires ont retracé son parcours et les enjeux esthétiques de ses films.

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On connaît ses goûts pour ses maîtres américains, compilés dans une leçon de cinéma érudite et généreuse, Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain (à titre personnel, ce fut ma toute première formation à l’histoire du cinéma à l’époque de la sortie en VHS où j’ai religieusement, en bonne élève, regardé chaque film, chef-d’œuvre panthéonisé ou curiosité de série B, évoqués par le maître) puis dupliqué sur les réalisateurs italiens. On sait sa curiosité avant-gardiste (récemment, il disait lors d’une rencontre combien l’inventivité de N’attendez pas trop de la fin du monde du roumain Radu Jude l’avait touché). On connaît son souci de la diffusion des films.

Ainsi, en avril 2023, il publiait une tribune dans Libération pour que le dernier cinéma associatif parisien, La Clef dans le 5ème arrondissement, poursuive son activité et ne soit pas revendu par ses propriétaires. Il a aussi, avec sa fondation, le World Cinema Project, œuvré à la restauration de chefs-d’œuvre du septième art et produit des documentaires mettant en valeur le patrimoine, comme l’an dernier, Made in England : les films de Powell et Pressburger, de David Hinton, mettant en valeur de sublimes archives des cinéastes britanniques.

La maladie d’être un homme

Qui est donc cet homme multiple, addict au travail et au cinéma ? Qui est Martin, Dad ou surtout Marty, comme l’appellent la plupart des acteurs de sa garde rapprochée ? Qui est ce cinéaste qui a fait du clan masculin son sujet central, qui a travaillé à chaque film la virilité comme un fardeau héréditaire de


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