Cinéma

Le métier de vivre – sur À pied d’œuvre de Valérie Donzelli

Critique

Le nouveau film de Valérie Donzelli, À pied d’œuvre, est l’adaptation du récit de Franck Courtès autour de sa reconversion professionnelle – de photographe à succès à écrivain – et la pauvreté (relative) dans laquelle elle le place. Un film sur le bourgeois gaze, la peur du déclassement, le rapport à l’argent, et bien sûr au travail – et l’ubérisation des rapports de classe.

Dans L’Amour et les forêts (2023), Valérie Donzelli s’était attaquée à l’adaptation du roman d’Éric Reinhardt avec le blanc-seing de son auteur, lui laissant libre cours pour se sentir chez elle dans ce récit de femme vampirisée par un mari contrôlant et dominateur. Avec sa co-scénariste Audrey Diwan, elles ont investi le territoire littéraire pour le modeler à leur regard et y ajouter des anecdotes et expériences personnelles.

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Pourquoi refaire ?

L’adaptation littéraire au cinéma ou l’exercice similaire qu’est le remake offrent de drôles de relations entre des œuvres qui parfois ne s’aiment pas entre elles ou se construisent l’une contre l’autre. Ainsi, Paul Schrader, en reprenant La Féline de Jacques Tourneur. En 1982, le cinéaste s’est rué dans la brèche ouverte par la fin du code de censure des studios pour offrir une version totalement littérale, décadente, kitsch et imprégnée de charge sexuelle du film originel dont Tourneur, par respect de la morale hollywoodienne et par manque de budget, avait fait un modèle d’utilisation du hors-champ et du symbolique. Plus récemment, le film d’Anna Cazenave Cambet, reprenant le roman autobiographique de Constance Debré Love Me Tender (Flammarion, 2020), en livrait une version plus tendre justement, gommant, par l’emploi de Vicky Krieps, le côté revêche qui caractérisait la narratrice du roman. Ce choix de casting venait adoucir la « faute » impardonnable au cinéma : celle d’une mère qui abandonne son enfant.

La littérature et le moine soldat

Avec le second roman de Franck Courtès, c’est un dilemme d’une tout autre nature qui se présente à Valérie Donzelli : comment représenter au cinéma le déclassement social du narrateur, tel qu’il apparaît dans le roman ? Dans ce récit autobiographique, l’ancien photographe à succès, portraitiste d’artistes pour la presse, raconte comment son entrée tardive en littérature l’a plongé dans la pauvreté. Suite au succès d’estime d’un premier recueil de nouvelles, Autorisation de pra


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