Cinéma

Fausser le jeu – sur Marty Supreme de Josh Safdie

Critique

Après Uncut Gems, réalisé en binôme avec son frère, Josh Safdie a choisi, tout comme ce dernier, de consacrer son premier film en solo à la trajectoire d’un sportif entêté, pongiste et escroc pris dans une course effrénée pour tenter de gravir l’échelle sociale. Ce long-métrage aux allures de conte met en scène les trébuchements burlesques d’un ambitieux pétri de contradictions – librement inspiré de Marty Reisman – suivant la pente du rebond.

Comme une balle de ping pong, Marty Mauser décrit, dans le premier long métrage en solitaire de Josh Safdie, une trajectoire qui monte avant de connaître des rebonds qui le font tomber de plus en plus bas. Certain qu’il va embrasser un grand destin, le petit vendeur de chaussures du New-Jersey tente de se propulser plus haut que sa condition de fils d’une famille de petits boutiquiers juifs ne le destinerait. En avion tout d’abord, pour gagner les championnats de tennis de table qui se tiennent à Londres. Mais surtout en fonçant tête baissée dans une odyssée de l’ascension sociale qui le ramènera tout droit à son exact point de départ.

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Le cinéma avait-il besoin d’un nouveau personnage de jeune homme ambitieux, narcissique, capricieux, individualiste auquel les femmes pardonnent tout face à son charisme irrésistible ? Sans doute pas. On peut en tout cas légitimement se sentir excédé par cet ultime avatar du personnage principal obsessionnel qui plie le monde à son désir immédiat et au service duquel le film s’agenouille, fût-ce avec une certaine forme de sadisme face à ses défaites. Il y a dans cette façon d’aménager l’univers du film, le cadre, le montage dans l’unique viseur d’une individualité égotiste, une vision du monde et de la narration assez éculées. Marty Supreme réussit néanmoins à surprendre par la constante contradiction qu’il met en scène.

Inspiré de Marty Reisman, champion de ping-pong américain dans les années 1950 mais aussi escroc, le personnage de Marty Mauser incarne une somme de paradoxes. Talentueux à l’extrême, l’athlète évolue dans une discipline néanmoins méprisée dans son pays. Certain d’être en avance sur son temps, convaincu que ce sport vénéré en Asie va devenir populaire dans son pays, il est à cet instant, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, contraint, entre les Championnats du monde, de se donner en spectacle dans des performances foraines, jouant face à un phoque ou revêtu d’un ensemble en soie rose et remplaçant sa ra


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