Michel Portal, l’omnivore
Disparu le 12 février dernier, Michel Portal, polyinstrumentiste (clarinette, saxophone, bandonéon), compositeur, improvisateur et interprète, consacré dans l’univers du jazz et des musiques improvisées comme dans celui de la musique « savante » classique et contemporaine, a été unanimement salué dans les jours suivants par la presse nationale quotidienne et hebdomadaire – du Monde à L’Humanité, du Figaro à Libération, de L’Obs à Télérama – comme par la presse musicale spécialisée, de Jazz Magazine aux Inrockuptibles ou encore à Diapason.

Le lundi 16 février, lendemain de l’annonce de son décès, France Musique a très largement ouvert son antenne à l’évocation de sa mémoire, bien au-delà des créneaux estampillés « jazz » de la fin d’après-midi de la grille ordinaire des programmes de la station. À cette pluie d’hommages, se sont joints les grands titres de la presse régionale, et pas seulement Sud Ouest, qui saluait sans surprise l’enfant du Petit Bayonne, pilier de Jazz in Marciac et des nuits uzestoises de la Compagnie Lubat.
Se dessinait au passage la cartographie d’une carrière faite de grandes et de petites scènes, de hauts lieux institutionnels et de marges fertiles, d’espaces urbains, périurbains et ruraux, de capitales culturelles et de territoires plus confidentiels.
S’impose très largement dans ces hommages la figure d’un artiste « inclassable », « sans frontières », « multifacettes », d’un « musicien tous azimuts ». Une singularité dont on peine à trouver des précédents véritables – André Previn peut-être, Friedrich Gulda à certains égards, Benny Goodman pour une part – ou des équivalents contemporains pleinement comparables. On peut certes penser aux incursions de Brad Mehldau, Wynton Marsalis ou Keith Jarrett dans l’univers de la musique classique ; mais elles demeurent relativement sporadiques et souvent périphériques dans leur carrière et leur consécration artistique. Chez Portal, la double appartenance n’était ni un détour ni un ornement : e
