Lacan en perspective – sur Le séminaire. Livre XIII de Jacques Lacan
Il faudra bien reconnaître un jour, bien mieux que nous allons tenter de le faire aujourd’hui, que nous sommes les tout premiers lecteurs des tout derniers séminaires de Jacques Lacan. Ce n’est pas rien. Cela constitue une responsabilité face au vieux neuf que cela représente, et pour la psychanalyse – cet objet a de la pensée – et pour la pensée de Lacan – cet objet a de la psychanalyse – toujours en mouvement, toujours fuyant à l’horizon, dans ce cycle de parutions qui s’étale depuis un demi-siècle désormais.

Aucune autre œuvre n’aura vu le jour de cette façon, dans un étalement océanique qui touche, par vagues, de nouvelles générations de lecteurs de plus en plus lacaniens sans doute, à mesure que s’éloignent dans le clair-obscur les figures de Jacques Lacan lui-même et de ses séminaristes ou analysants. Gageons au passage qu’à la manière de Karl Marx qui n’était pas marxiste, Lacan ne se dirait sans doute pas lacanien non plus aujourd’hui. C’est une question de perspective, ce qui est justement le sujet principal de ce Livre XIII qui vient de sortir de terre. Si le sujet est divisé, quid de son regard ?
Bref, nous voici en première ligne, dans une perception immédiate, risquée, d’une œuvre toujours à l’œuvre, jusqu’au tout dernier séminaire, le livre XXV, dont on sait déjà qu’il s’intitulera Le moment de conclure. Mais conclure quoi, et comment, on n’en sait toujours rien. Lire Lacan aujourd’hui c’est, sans avoir le fin mot de l’histoire ni le mot « fin », toujours un acte prématuré.
Dans un désordre signifiant, assumé dès le départ par Lacan en personne, la publication du Livre XIII, intitulé comme pourraient l’être au fond tous les autres « L’objet de la psychanalyse », est donc un événement digne de ce qu’a pu être la parution d’un nouveau tome de La Recherche du temps perdu après la mort de Proust. De même qu’on aimerait lire ce que disait la critique de 1927 à la parution du Temps retrouvé, il nous faut témoigner, en lecteur, de ce que cela fait d
