Cinéma

Retour au corps – sur Deux femmes et quelques hommes de Chloé Robichaud

Critique

Pour son nouveau film, Chloé Robichaud reprend le scénario d’un grand succès du cinéma québécois des années 1970 et en étudie les motifs au prisme des changements sociétaux advenus, comme à travers une expérience sociologique : elle joue sur les codes de l’érotisme cheap, transfère les fantasmes masculins en un regard féminin, ouvre une réflexion sur la monogamie et le désir féminin.

On avait découvert Chloé Robichaud il y a treize ans avec son premier long métrage, Sarah préfère la course (2013) sélectionné à Un certain regard. Après ce portrait d’adolescente dans le milieu de l’athlétisme, elle a réalisé Pays (2016), film choral où se mêlent les ambitions professionnelles de deux femmes politiques et une entrepreneuse et leurs désillusions personnelles. Comme Monia Chokri ou Anne Émond, son cinéma formaliste cherche à mêler la comédie à l’observation sociale.

publicité

Post coïtum, animal triste

Deux femmes et quelques hommes fonctionne comme une expérience sociologique : prendre le scénario d’un grand succès du cinéma québécois de 1970 et le passer au crible des changements sociétaux qui ont traversé les presque six décennies qui nous séparent de ce qui fut un phénomène de société. Comparable au retentissement d’Emmanuelle de Just Jaeckin en France mais avec l’humour en dessous de la ceinture proche de Max Pecas, le film de Claude Fournier et Marie-Josée Raymond prenait acte de la révolution sexuelle chez deux personnages féminins, mais à travers un regard masculin.

Écrit à quatre mains avec la dramaturge Catherine Léger qui a transformé en pièce en 2023 le film de Fournier et Raymond, Deux femmes et quelques hommes (qui a au Québec gardé son titre originel) regarde son modèle en miroir pour le confronter aux évolutions des mentalités. Il s’agit par exemple de jouer sur les codes de l’érotisme cheap des années 1970-1980 : le plombier, l’exterminateur de nuisibles ou l’étudiant venu réparer une étagère deviennent des amants d’un après-midi comme dans les scénarios bâclés des films légers, mais les autrices ajoutent un regard analytique et un humour sans méchanceté. En transférant les fantasmes masculins du film initial en un regard féminin de deux femmes qui cherchent à retrouver le chemin de leur désir, Robichaud et Léger questionnent où le désir s’est perdu dans ces vies singulières autant que dans une société centrée sur la famille.

Si le p


Rayonnages

CultureCinéma