Cinéma

Donner l’illusion de la permanence – sur Les Saisons de Maureen Fazendeiro

Critique

Et si le cinéma fouillait le temps comme on creuse la terre ? C’est sur ce modèle d’exploration en pêle-mêle que la cinéaste documente le Sud du Portugal à travers les époques. Fables et légendes sont mobilisés dans cet objectif. La circulation des objets, centrale dans le film, questionne la valeur accordée à celle du temps.

Lorsque les archéologues creusent les profondeurs pour des fouilles, ils ne découvrent pas, comme on l’imagine, des vestiges bien rangés par strates d’époques antéchronologiques. Le temps qui nous sépare d’eux a mis pas mal de désordre dans la sédimentation, et offre des sols mal ordonnés où les restes du passé ont été mélangés par les labours, les constructions ou les mouvements de terrain. C’est en gardant en tête cette idée que Maureen Fazendeiro a envisagé la structure des Saisons.

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À partir des carnets et correspondances du couple Leisner, archéologues munichois établis dans l’Alentejo pour en recenser les sanctuaires mégalithiques, la cinéaste explore pêle-mêle différentes époques qui ont traversé cette région rurale du Sud du Portugal. Le premier travelling qui en parcourt les routes à bord du bibliobus est un trompe-l’œil : ce n’est pas la trajectoire d’un road movie qui nous entraîne, mais un mouvement souterrain, à travers les strates terrestres et humaines. Les Saisons n’est pas un film qui arpente. Il creuse.

Émouvante correspondance que celle de Vera et Georg Leisner, qui furent empêchés, en 1943, de regagner Munich où leur maison avait été détruite par un bombardement. À travers les lettres de leurs proches et collègues restés en Allemagne, on apprend l’avancée de leurs découvertes autant qu’on imagine la dissonance intellectuelle que représenta pour eux la collision entre leurs recherches scientifiques sur les monuments funéraires préhistoriques et le fait de vivre à distance le déploiement d’horreurs provoqué par le nazisme, transformant l’Europe en cimetière à ciel ouvert.

Back and Forth

La lecture « en off » des lettres échangées au cours de la guerre se superpose avec des images contemporaines, auxquelles le support 16mm donne un aspect suranné. Cette apparente succession chronologique est sans cesse bouleversée par des mouvements rapides, en avant ou en arrière. La temporalité fonctionne comme les fouilles archéologiques, par sédimentati


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