Cinéma

Lettre sur les aveugles – sur la 48e édition du Cinéma du réel

Critique

De Lucrecia Martel à Sebastian Brameshuber, de Luke Fowler aux pastilles des Yeux de l’Ouïe : une 48e édition du Cinéma du réel particulièrement enthousiasmante, où le son prime sur l’image et où la question palestinienne s’impose comme méthode critique.

En 1749, Denis Diderot publie la Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. Quelques années plus tard, il publie la Lettre sur les sourds et muets à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent. Toute l’ironie des Lumières est contenue dans ces titres : penser la vue et l’expérience du monde à partir de l’aveugle ; penser la langue à partir des sourds et muets. C’est-à-dire penser à partir de ce qui est contre-intuitif pour penser ce qui est derrière les illusions ; geste philosophique par excellence, geste qui vient naturellement comme un exercice de rhétorique, geste qui libère aussi peut-être.

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Geste nécessaire pour un festival qui veut envisager sérieusement le rapport à ce qu’il nomme lui-même le Réel : partir de collectifs amateurs pour créer les œuvres d’art les plus raffinées ; partir du son pour aller à l’image ; être d’abord dans la fiction pour faire le documentaire le plus pur. Ou tout le trajet du film d’ouverture du festival, Nuestra Tierra de Lucrecia Martel, commenté dans ces pages il y a quelques jours et sorti en salles le premier avril : une cinéaste de fiction qui, absentée du cinéma depuis longtemps, revient avec un dispositif repensé, des usages incongrus (drones, film de procès…), une soumission à la contingence, et réalise son plus grand film.

Dans cette édition, disons-le maintenant, particulièrement foisonnante et enthousiasmante, un film en particulier nous a amené à repenser au texte de Diderot : Un chant aveugle, réalisé par Stefano Canapa et Natacha Muslera. Si l’aveugle de la lettre de Diderot parvient à saisir et à sentir tout en étant absolument privé « non seulement de la vue, mais de l’organe », la femme aveugle qui s’exprime dans les premières minutes d’Un chant aveugle raconte au contraire sa capacité à distinguer par bribes la lumière autour d’elle.

Une première scène magnifique, qui se libère doucement et par le haut du rapport « handicapé-valide » pour construire une égalité dans le dialogue, un partage des


[1] Voir Karl Marx et Friedrich Engels, L’Idéologie allemande, Éditions sociales, 1932 : « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. »

[2] Voir Karl Marx, Le Capital, Livre I, Éditions PUF, 2014 : « J’ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode… Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble. »

[3] On pense aux interventions de Louisa Youfsi autour de son nouveau livre et à la création de la revue de cinéma en ligne Emitaï.

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Notes

[1] Voir Karl Marx et Friedrich Engels, L’Idéologie allemande, Éditions sociales, 1932 : « Les pensées de la classe dominante sont aussi, à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. »

[2] Voir Karl Marx, Le Capital, Livre I, Éditions PUF, 2014 : « J’ai critiqué le côté mystique de la dialectique hégélienne il y a près de trente ans, à une époque où elle était encore à la mode… Mais bien que, grâce à son quiproquo, Hegel défigure la dialectique par le mysticisme, ce n’en est pas moins lui qui en a le premier exposé le mouvement d’ensemble. »

[3] On pense aux interventions de Louisa Youfsi autour de son nouveau livre et à la création de la revue de cinéma en ligne Emitaï.