Donner corps au fantasme – sur Goodbye Lindita et Mami de Mario Banushi
L’intérieur d’un appartement figé dans un passé incertain. La façade d’une petite maison la nuit au milieu de nulle part. Dans le premier, un couple âgé et leur fille sont occupés à des tâches domestiques : on plie le linge, on déplace des meubles, on passe l’aspirateur. Le téléviseur est allumé. Une fenêtre est ouverte, on y entendra bientôt un homme chanter. Quelqu’un est alité, le corps entièrement recouvert d’un drap qui pourrait aussi bien être mortuaire. De la seconde une femme sort, un sac poubelle à la main. Elle est enceinte. Elle marche le long d’un chemin sinueux, seulement éclairée par l’ampoule d’un réverbère. Autour d’elle, la nuit paraît sans fin. Elle dépose sa poubelle et rentre dans la maison. On entendra bientôt les plaintes d’un accouchement.

Ces deux scènes ouvrent les deux spectacles de Mario Banushi que le Théâtre de l’Odéon présentait ce printemps : Goodbye Lindita et Mami (déjà programmé par le Festival d’Avignon l’été dernier). Mario Banushi a vingt-sept ans. Il est né en Albanie et vit en Grèce où ces deux spectacles ont été créés. Si l’on excepte les voix que l’on entend sortir du téléviseur dans Goodbye Lindita, son théâtre est muet. Il se compose de scènes qui se suivent comme le font les scènes de rêve, dont les ressorts inaccessibles à la conscience sont les sujets de longs déchiffrements. Aucun récit donc mais des fragments de mythe, des tableaux archétypiques, des scènes primordiales ou originelles, certainement aussi des souvenirs d’enfance que l’on peine cependant à identifier tant tout cela est parfaitement cousu et articulé.
Parmi ces scènes, nombreuses sont celles qui tendent vers le tableau, que celui-ci s’ajuste peu à peu – comme cette scène de Mami où derrière deux hommes nus luttant comme de nouveaux Abel et Caïn (ils viennent d’accoucher d’une seule mère) une femme également nue prend la pose d’un Saint-Sébastien attendant qu’on la sacrifie sur le poteau d’un réverbère – ou qu’il surgisse d’un coup comme cette ir
