Pour vous, Marjane
J’ai rencontré Marjane Satrapi plusieurs fois à partir du début des années 2000 pour Les Inrockuptibles où je travaillais alors. J’écrivais notamment sur la bande dessinée, et le livre de Marjane Satrapi, Persepolis, était l’un des grands phénomènes de librairie de cette époque : un roman graphique en plusieurs volumes, racontant ses années de jeunesse en Iran, son exil en Europe. Sorti en français, en plusieurs volumes, le récit était traduit partout, notamment aux Etats-Unis. Je me souviens qu’on le trouvait, en anglais, sur les tables de la librairie de l’aéroport de Beyrouth, pas loin des livres sur la guerre du Liban ou l’émergence du Hezbollah…

En France, le récit avait trouvé un écho d’abord dans la communauté des fans de bande dessinée nouvelle, notamment les amateurs de romans graphiques. Marjane Satrapi était éditée par l’Association, une maison d’édition indépendante, fondée par des auteurs comme Menu, Trondheim, David B, pour se démarquer des grandes maisons et pouvoir publier des formats différents, notamment en noir et blanc, sans limite de pages. Persepolis arrivait au bon moment, avec son histoire intime, aux grands traits noirs, et au ton très libre. Le livre permettait de voir l’Iran depuis les yeux d’une personne qui y avait grandi puis en était partie. Il correspondait aussi avec un public avide de lire différemment, un public de jeunes adultes, ayant grandi avec des BD et désireux de persévérer dans la lecture d’ouvrages dessinés, au-delà des séries pour enfants ou adolescents.
Persepolis saisissait cela, mais aussi quelque chose du manga en plein essor, avec son rythme plus lent, sa narration s’étalant sur plusieurs volumes. Satrapi était sans doute la première, ou en tout cas la plus visible, à mener le genre vers un large public depuis le succès du Maus d’Art Spiegelman. Mais là où Spiegelman racontait les récits de son père pour perpétuer la mémoire entre générations, Satrapi racontait sa propre histoire, comme pour la préserver da
