Une femme distinguée – sur Shana de Lila Pinell
Que reste-t-il d’Emmanuel Chaumet et d’Ecce Films ? Dans les années 2010, le producteur et sa maison de production avaient découvert et révélé une génération de cinéastes français désormais bien installée et identifiée : Justine Triet, Bertrand Mandico, Benoît Forgeard, Sophie Letourneur, Caroline Poggi et Jonathan Vinel ou Marie Losier avaient tous été accompagnés à des moments cruciaux de leur carrière dans le cadre de leurs courts-métrages de confirmation ou bien de leurs premiers longs.

En clair, comme une « écurie » dont rêverait tout producteur, un moment de grâce car, à leurs débuts au moins, ces cinéastes ont tous renouvelé à leur manière le cinéma français sans toutefois apparaître comme un mouvement structuré, sinon autour du nom Chaumet et du logo Ecce films.
Entre-temps, le producteur a essuyé quelques revers : des échecs commerciaux et la désaffection d’une partie des cinéastes qu’il a soutenus. Qu’en est-il alors de la deuxième génération ? Plus précisément, Ecce Films reste-t-il le lieu d’émergence de voix contradictoires aux tendances du cinéma français contemporain ? Sur le papier, Shana de Lila Pinell se fond assez bien dans l’état de la production contemporaine en France. Il s’agit d’un premier long-métrage de fiction révélant une actrice dont la gouaille populaire est censée séduire le spectateur parisien connivent, du type Vingt Dieux de Louise Courvoisier ou Diamant Brut d’Agathe Riedinger.
Toutefois, et à défaut des autres occurrences du genre, Shana réussit admirablement à superposer à son récit naturaliste un langage symbolique qui recompose la mise en scène traditionnelle de ces personnages au cinéma. Cela, le film le doit à la relation originale qui lie la metteuse en scène Lila Pinell à cette actrice, Eva Huault, pour qui elle a écrit ce film et à l’image de laquelle elle bâtit son intrigue.
C’est que le passage à la fiction de Lila Pinell se fait dans le sillage d’une œuvre documentaire, longuement mûrie, à l’occasion de laquel
