Le geste artistique d’Aya Nakamura : créolisation, déjouement et afropéanisme
Loin d’être une simple figure médiatique qui fascine et nourrit les polémiques, Aya Nakamura est avant tout une artiste dont il importe d’analyser le geste créateur et sa portée. Le geste artistique d’Aya Nakamura est un geste afropéen qui s’inscrit dans une dynamique éminemment décoloniale.

Identifier les poétiques de décolonialité qui sont à l’œuvre dans ses performances, qui renversent les attendus et désarçonnent les conservatismes nous apparaît comme un véritable enjeu, car cette artiste s’est imposée internationalement en produisant des objets musicaux et performatifs inouïs qui remportent une adhésion vertigineuse auprès de la jeunesse, notamment des femmes afropéennes, et même auprès de ceux qui n’ont pas vu venir les mutations sociétales profondes du XXIe siècle. Aujourd’hui elle est la première artiste féminine francophone à avoir rempli le Stade de France trois nuits consécutives – une performance historique.
Créoliser les sons et les rythmes
La démarche musicale et le travail sur la langue d’Aya Nakamura répond d’abord au principe de créolisation conceptualisé par Édouard Glissant, devenir inexorables des pratiques culturelles à l’ère post-coloniale de la mondialisation : « Le monde se créolise, c’est-à-dire que les cultures, mises en contact de manière foudroyante et absolument consciente aujourd’hui les unes avec les autres, se changent en s’échangeant à travers des heurts irrémissibles. » Pour Édouard Glissant, la mise en contact de plusieurs éléments issus de cultures différentes permet de faire jaillir des entités totalement nouvelles qui débordent le simple métissage et le principe biologique d’une hybridation calculée. Ce qui importe dans la créolisation c’est le surgissement de l’impensable, de l’inattendu.
Les sons et les rythmes se frottent, s’entrelacent pour faire naître l’imprévisibilité et au final faire advenir de l’inédit : « La créolisation [selon Édouard Glissant] c’est le métissage avec une valeur ajoutée qui est l’imprévisib
