Théâtre

Ouvrir le plateau – chronique du 80e festival d’Avignon, 1/3

Philosophe et écrivain

Le festival d’Avignon a ouvert ses portes le 4 juillet. Premier épisode aujourd’hui d’une chronique en 3 volets avec : Maldoror de Julien Gosselin, La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, Un procès de Christiane Jatahy avec Wagner Moura, récemment créé. Trois spectacles qui, chacun à sa manière, font du public un acteur, plus ou moins volontaire, de ce qui se joue sur scène. Comment ouvrir le plateau à ses dehors.

Au fond de la scène, douze chaises sur deux rangs de gradin attendent les onze membres du jury et leur coordinateur. Ils seront bientôt tirés au sort parmi les spectateurices présent·es cet après-midi dans le gymnase du Lycée Aubanel. Ils devront décider au terme d’un procès de deux heures, le temps que dure le spectacle, si son personnage principal, Thomas Stockmann, est, oui un non, un ennemi du peuple. Ils écouteront les témoignages et les plaidoiries, prendront connaissance des preuves et des documents. Puis ils se retireront pour délibérer et, à bulletins secrets, voter. Le dépouillement se fera en temps réel sur un écran face au public. Ce jour-là, trois jurés votèrent oui, huit votèrent non.

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Quelques heures plus tard, deux femmes parcourent les travées des gradins installés dans le Cloître des Célestins. Le doigt tendu, elles passent en revue les spectateurices, elles crient « mince, mince, mince, bienvenue grosse », puis « mince, mince, presque, mince, bienvenue gros, etc. ». Elles tendent aux « gros·ses » des tickets spéciaux pour une loterie à venir. Ce soir-là, samedi 11 juillet, soir de dernière, 18 furent recensé·es. Mais ce fut une « mince » qui remporta le dixième de son poids en produits Mammouth, 4.9 kilos de shampoing-chocolat-crème solaire- déodorant-boîtes de conserve.

La veille, je déambulais sur la scène de la Cour d’honneur du Palais des papes, entouré de spectateurices qui, comme moi, profitaient du spectacle depuis le plateau en buvant une bière ou un verre de jus de pomme. Les comédien·nes jouaient dans des casiers mobiles disposés de manière à former ce qui ressemblait à un fragment de ville. Un bar, une rue principale, une petite place, des fenêtres donnant sur des intérieurs, un salon ouvert sur la rue. Le spectacle se poursuivit ainsi deux heures durant, passant d’un habitacle à un autre, de la place au salon et du bar à la rue. On se déplaçait pour voir sans tout à fait comprendre ce qui se tramait, pris dans l’effervescence


[1] Il existe par ailleurs d’authentiques spectacles participatifs, où l’issue n’est pas déterminée d’avance mais doit au contraire se construire pas à pas. Je pense, par exemple, à Please, Continue (Hamlet) de Yann Duyvendack et Roger Bernat (créé en 2013 entre la Suisse et la France), qui met en scène le procès d’Hamlet (accusé du meurtre de Polonius) avec des magistrats professionnels et les spectateurices en jury public (réel).

[2] Voir John Dewey, Le public et ses problèmes, Gallimard, Folio, 2010.

[3] Pour reprendre le mot du bel article que Joëlle Gayot a consacré au spectacle dans Le Monde.

Bastien Gallet

Philosophe et écrivain

Mots-clés

Festival d'Avignon

Notes

[1] Il existe par ailleurs d’authentiques spectacles participatifs, où l’issue n’est pas déterminée d’avance mais doit au contraire se construire pas à pas. Je pense, par exemple, à Please, Continue (Hamlet) de Yann Duyvendack et Roger Bernat (créé en 2013 entre la Suisse et la France), qui met en scène le procès d’Hamlet (accusé du meurtre de Polonius) avec des magistrats professionnels et les spectateurices en jury public (réel).

[2] Voir John Dewey, Le public et ses problèmes, Gallimard, Folio, 2010.

[3] Pour reprendre le mot du bel article que Joëlle Gayot a consacré au spectacle dans Le Monde.