Théâtre

Changer d’espace – chronique du 80e festival d’Avignon 2/3

Philosophe et écrivain

Deux évènements ont marqué la première semaine du Festival, l’intégrale de la Trilogia Cadela Força de Carolina Bianchi à l’Opéra et le 1, 2, 3 Poquelin du collectif flamand tg STAN, qui se produisait pour la première fois à Avignon, dans la Carrière de Boulbon. Deux spectacles hors normes, non seulement par leurs durées (10h et 4h30) mais aussi par leurs manières d’habiter le plateau. Il ne s’agit plus ici de l’ouvrir mais d’en changer la nature même, et le théâtre avec lui.

Il faut un petit quart d’heure de marche sur un chemin blanchi par la poussière pour parvenir à l’antichambre de l’ancienne carrière où, en 1985, Peter Brook créait son Mahabharata. Quand le fil séparateur se lève pour laisser passer les spectateurices agglutiné·es depuis plus d’une heure (le placement est libre), le soleil vient de disparaître derrière le mur de calcaire. Il est 21h40. Je contourne un gradin et découvre la scène, une plateforme de bois posée sur des tréteaux eux-mêmes posés sur une autre scène. Des gradins sur trois côtés et un échafaudage sur le quatrième où s’affichent les surtitres en anglais et d’où pendent deux lustres et un rideau rouge cramoisi qui attend qu’on l’élève.

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Les gens s’égayent ici et là à la recherche de la meilleure place pendant que les huit acteurices du tg STAN s’habillent, discutent, s’hydratent et vérifient les accessoires. Nous avons l’habitude des spectacles où les changements de décor se font à vue et où les comédien·nes ne quittent pas le plateau entre deux scènes et s’assoient sur une chaise à cour ou à jardin en attendant que leur tour vienne ou revienne.

Mais il s’agit ici d’autre chose. Le plateau ne s’arrête pas aux limites de la scène. Ou plutôt la scène est incluse dans un espace plus vaste qui est celui qu’habite, le temps de la représentation, la troupe belge. Quand nous entrons dans cet espace, nous sommes en quelque sorte chez eux, dans leur milieu de vie et de jeu. Tout y est à vue : les loges, les coulisses, la table de répétition (qui devient celle du souffleur), etc., mais ce serait déjà trop dire car rien ne sépare clairement ces différents espaces qui renvoient à l’architecture compartimentée et fonctionnelle des théâtres et non à ce qu’ils font ici et qui consiste assez simplement à vivre, travailler, répéter et jouer à peu près simultanément dans un même lieu. Le réalisme du tg STAN est celui de l’acteur « toujours là[1] », avant le public et après lui, acteur avant d’être personnage et qui


[1] Je reprends le titre de l’article d’Anne Pellois, « L’acteur déjà là du tg STAN ».

Bastien Gallet

Philosophe et écrivain

Notes

[1] Je reprends le titre de l’article d’Anne Pellois, « L’acteur déjà là du tg STAN ».