Art contemporain

Invisibiliser pour mieux révéler – sur « Cloud #07156 » de Fujiko Nakaya

Architecte, scénographe, artiste-chercheur

Fille d’un physicien qui fabriquait des cristaux de neige artificiels pour mieux comprendre leur formation, l’artiste japonaise Fujiko Nakaya créé quant à elle des brouillards. L’un d’eux s’est installé au cœur de la Bourse de Commerce, nous invitant à y entrer pour pénétrer la forme visible de toutes ces variables invisibles qui conditionnent pourtant notre manière d’habiter le monde.

Le brouillard est souvent perçu comme un accident météorologique, un petit nuage fainéant qui n’aurait pas pris d’altitude, une parenthèse blanche venue altérer, pour quelques heures seulement, la lisibilité du monde. Mais la lumière du soleil finit toujours par venir redessiner les contours et révéler les profondeurs, les couleurs et les matières. L’horizon retrouve sa netteté et la vie reprend doucement son chemin. Le brouillard ne serait donc qu’un épisode furtif.

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L’artiste japonaise Fujiko Nakaya nous propose cet été de faire l’expérience immersive d’une de ses installations de brouillard « Cloud #07156 » dans l’espace central de la rotonde de la Bourse du commerce à Paris. Artiste obsessionnelle, elle a passé plusieurs décennies à parfaire ses dispositifs de diffusion de gouttelettes d’eau recréant très fidèlement les conditions physiques d’une brume. Lors de la rencontre publique organisée récemment, Fujiko Nakaya, peu diserte mais très précise, confie que son « pire ennemi, c’est le vent ». En effet, ses dispositifs ne sont en réalité que peu souvent installés dans l’atmosphère contrôlée d’un lieu d’art mais généralement en extérieur, comme son tout premier brouillard réalisé pour l’Exposition universelle d’Osaka en 1970. « Le brouillard, poursuit-elle, révèle en réalité tout ce qui ne se voit pas : la température, l’humidité de l’air, la pression atmosphérique… » Et si le brouillard, aussi fragile et évanescent soit-il de prime abord, était en réalité un révélateur implacable des variables invisibles par lesquelles nous sommes continuellement agis ?

Très longtemps absent des représentations artistiques, c’est peut-être avec le sfumato de Léonard de Vinci que se dissolvent pour la première fois les contours du sujet dans une légère vapeur atmosphérique. Si le brouillard n’est pas l’objet de la peinture, il est déjà une augmentation météorologique du monde qui en révèle les profondeurs et accentue les perspectives. Plus tard, avec la révolution indus


Guillaume Aubry

Architecte, scénographe, artiste-chercheur

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