opéra

La matière en révolution – sur De Materie de Phia Ménard

critique

Créée le 16 septembre dernier à l’Opéra Royal de Flandre, la nouvelle production de De Materie confie à Phia Ménard le soin de faire entendre, vingt-cinq ans après sa création, tout ce que cette œuvre a de contemporain. Le résultat tient la promesse singulière d’une artiste dont toute la carrière semblait préparer ce rendez-vous.

Louis Andriessen (1939-2021) refusait qu’on qualifie De Materie d’opéra. Il voulait créer un objet capable d’accueillir tour à tour un ténor philosophe, une mystique du XIIIe siècle, un peintre néerlandais amoureux de danse et une physicienne endeuillée, sans jamais les faire entrer dans le moule d’un genre préexistant.

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Composée entre 1984 et 1988, cette « ultra-symphonie théâtrale » voit chacune de ses quatre parties posséder sa propre source textuelle et son propre climat musical[1]. Le compositeur y traduisait une pensée dialectique dans laquelle la confrontation de contraires apparents révèle, au bout du compte, une unité plus profonde. Chez lui, l’esprit et la matière, la destruction et la construction, ne sont jamais que les deux faces d’une même médaille[2].

Mettre en scène une composition aussi radicalement composite relevait d’une gageure que seuls Bob Wilson en 1989 et Heiner Goebbels en 2014 avaient jusqu’ici relevée. Phia Ménard privilégie la continuité scénique face à la discontinuité voulue par Andriessen, est cela fonctionne admirablement.

La contrebasse et le contrebasson

Confier à la metteuse en scène française une œuvre sur la transformation de la matière relevait rétrospectivement de l’évidence. Depuis ses premières pièces de glace (P.P.P.), de vent (L’Après-midi d’un foehn) ou de carton (Maison Mère), l’artiste travaille la transformation comme un processus visible, parfois violent, toujours poétique. Ici, elle invente une scénographie « presque magique », selon les mots de l’Opéra Ballet Royal de Flandre (Opera Ballet Vlaanderen, OBV), qui se meut en permanence avec la partition. L’espace n’est pas un décor fixe mais un organisme en mutation : cinq planches flexibles, manipulées par des câbles et des cordes, esquissent d’abord un navire en construction, avant de devenir la voûte d’une église pour Hadewijch, puis les géométries colorées de Mondrian et enfin le monde circulaire de l’atome pour Marie Curie. Cet effet de surgissement est d


[1] Respectivement, toccata, ballade, passacaille et pavane.

[2] Jacqueline Oskamp, « “Muzikaliteit vloeide door zijn aderen”, Portret Louis Andriessen », 3 août 2026.

[3] Tom Swaak, « “Andriessen speelt een voortdurend spel met contrasten”, entretien avec Phia Ménard », 3 août 2026.

[4]  Texte sur la construction navale de Nicolaes Witsen, Aeloude en hedendaegsche scheeps-bouw en bestier, Casparus Commelijn et Broer Appelaer, 1671. Il s’agit du premier ouvrage de référence en néerlandais sur le sujet.

[5]  Matthieu Maurer, « Phia Ménard : “Le théâtre est un lieu du consentement” », Manifesto XXI, 18 mars 2020.

[6] Les pièces du vent, puis celles de l’eau et de la vapeur, jusqu’à Belle d’Hier, où une trentaine de robes gelées fondent sous les yeux du public.

[7] Collectif de danse contemporaine fondé à Madrid en 2015 par les chorégraphes Antonio de Rosa et Mattia Russo, aux côtés de Giuseppe Dagostino.

Guillaume Lasserre

critique, commissaire indépendant

Notes

[1] Respectivement, toccata, ballade, passacaille et pavane.

[2] Jacqueline Oskamp, « “Muzikaliteit vloeide door zijn aderen”, Portret Louis Andriessen », 3 août 2026.

[3] Tom Swaak, « “Andriessen speelt een voortdurend spel met contrasten”, entretien avec Phia Ménard », 3 août 2026.

[4]  Texte sur la construction navale de Nicolaes Witsen, Aeloude en hedendaegsche scheeps-bouw en bestier, Casparus Commelijn et Broer Appelaer, 1671. Il s’agit du premier ouvrage de référence en néerlandais sur le sujet.

[5]  Matthieu Maurer, « Phia Ménard : “Le théâtre est un lieu du consentement” », Manifesto XXI, 18 mars 2020.

[6] Les pièces du vent, puis celles de l’eau et de la vapeur, jusqu’à Belle d’Hier, où une trentaine de robes gelées fondent sous les yeux du public.

[7] Collectif de danse contemporaine fondé à Madrid en 2015 par les chorégraphes Antonio de Rosa et Mattia Russo, aux côtés de Giuseppe Dagostino.