Littérature

Qui soupçonnerait les enfants ? – sur N’efface pas mes cercles d’Emma Marsantes

Écrivain

« L’inceste consiste à ne pas en parler. » Contre ce silence qui fait de la victime une coupable, Emma Marsantes remonte le fil d’une lignée bourgeoise, de 1907 à 1980, pour montrer que le viol de Mia par son frère procède d’un ordre patriarcal tout entier : point d’honneur des pères, virilité guerrière, folie des femmes traitée au lithium. Un roman bref, d’une langue frontale, où écrire ne délivre de rien mais empêche d’effacer.

Dans ce roman, tout tourne et s’équilibre autour de l’inceste dont Mia treize ans est la victime.

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On est en 1976. Emma Marsantes raconte que la grand-mère Marguerite surprend la jeune fille « agenouillée contre le ventre de son frère » (p. 133). S’ensuivra la crainte de la part de la mère de Mia que sa fille soit considérée comme coupable et aussi la loi du silence de la part de tout son entourage à venir, Marsantes dévoilant par la même occasion que Mia n’est autre que son double malheureux, son extension : « Ma mère entrevoit le délit et la peine et réfute tout procès. Elle pense que c’est sa fille qui serait condamnée. Mes amies, mes amants, des maris, mes relations, des proches, mes oncles et tantes, mes cousins […] J’énonce, je raconte, je me répète, personne ne me conseille de porter plainte » (p. 134).

C’est de cette culpabilité de la victime et de ce silence de toute la société que part ce roman qui met au jour non pas seulement le traumatisme d’un tel crime mais comment l’inceste entre frère et sœur est le produit de tout un système patriarcal bourgeois que Marsantes fait débuter un « 7 septembre 1907 » très exactement, le jour de la naissance d’un dénommé Bertrand dans « une demeure magistrale » (p. 15).

Et nous voilà embarqués dans un récit bref dont la langue est aussi pittoresque que frontale. Pittoresque, quand Marsantes décrit avec beaucoup d’élan la scène de mariage de ses deux parents : « Les premiers arrivants, à peine leurs véhicules garés, avalent l’une sur l’autre trois coupes de champagne et s’arrachent les amuse-gueules. Ceux qui sont venus à pied jettent à leur tour leur force dans la bataille. Les vestes tombent, on se tamponne le front avec une pochette en soie, les gants font éventail pour les dames échaudées. Un flot ininterrompu de plateaux en argent surgit de tous bords. Les bouchons sautent. Une giboulée de rôts, de poissons en croûte, de terrines, de cuisses d’animaux divers et de gelées en tout genre se déverse sur les conv


Christophe Fiat

Écrivain, Poète

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