Théâtre

Une enfance à voix haute – sur L’Enfant unique de David Lescot

critique

Aimer son enfant, c’est accepter qu’il s’échappe. Dans L’Enfant unique, créé au Théâtre de Cornouaille à Quimper puis présenté au Théâtre des Abbesses à Paris, David Lescot fait le portrait d’une fille unique vue par ceux qui l’ont mise au monde. Dans cette polyphonie scandée, l’angoisse parentale fait d’abord rire, puis l’adolescente devient une « voix terrible » qui met à nu les failles des adultes. Le monde menaçant reste pourtant à l’horizon.

La rencontre entre Abel et Clotilde donne bientôt naissance à une fille, Myrto, enfant attendue et entourée. Ses parents, qui veulent la prémunir des maux du monde, finissent par l’étouffer de précautions. Elle grandit, leur échappe un peu plus chaque jour, résiste, se rebelle. Lorsque son père et sa mère se séparent, elle vit tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre.

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Plus les années passent, plus elle devient « la voix terrible » qui dit « tous les mensonges, tous les arrangements, tous les renoncements et toutes les failles » de ceux qui l’ont mise au monde. On ne sait plus comment lui parler, ni même qui elle est. Le récit procède par ellipses, de l’attente de l’enfant jusqu’à ses quatorze ans.

L’enfance traverse le théâtre de David Lescot depuis longtemps, à l’instar de la trilogie à destination du jeune public J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert, l’autobiographie d’un enfant de six ans dans Depuis que je suis né, mais aussi des pièces pour adultes comme La Commission centrale de l’enfance ou Ceux qui restent. Le metteur en scène la qualifie lui-même de « motif central et récurrent[1] » de son écriture. L’Enfant unique change cependant de point de vue. On ne suit plus l’enfant seul face au monde, mais vu par ceux qui l’ont fait, ce qu’ils projettent sur elle d’espoirs et de peurs, et la manière dont elle déjoue tout cela.

Une « comédie musicale parlée »

David Lescot a conçu l’œuvre comme une affaire de langages. Il y a, dit-il, autant de langues qu’il y a de relations, à commencer par celle de la famille, qui change à mesure que l’enfant apprend à parler. Il y a aussi celles de l’école, celle qu’on utilise en classe et celle qu’on parle dans la cour, celles des amitiés et des amours, et puis celle qu’on se dit à soi-même. Les mots tressent des lignes mélodiques et des motifs rythmiques. Si les instruments sont parfois présents, à l’image du piano, le vrai plaisir de l’oreille tient au rythme des dialogues, aux « intonations étirées jusqu


[1] Sauf mention contraire, les citations sont extraites de : David Lescot, Note d’intention L’enfant unique, juin 2026.

[2] Centro Studi Luciano Berio, « Laborintus II (note de l’auteur) ».

[3] Berio n’est pas mentionné dans la note d’intention du spectacle.

[4] Elle est l’un des piliers des comédies à succès de Lescot à destination du jeune public, jouant en alternance dans J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert.

[5] La note d’intention prévoit qu’on suit « les progrès de l’enfant qui en joue ».

[6] Il incarnait avec Ludmilla Dabo le couple marquant dans la comédie musicale de Lescot Une femme se déplace. il a également fait partie de la distribution de La Force qui ravage tout (2023).

[7] Dans sa note d’intention, Lescot se fait « le quatrième élément de cet orchestre », pour le « diriger de l’intérieur ».

Guillaume Lasserre

critique, commissaire indépendant

Notes

[1] Sauf mention contraire, les citations sont extraites de : David Lescot, Note d’intention L’enfant unique, juin 2026.

[2] Centro Studi Luciano Berio, « Laborintus II (note de l’auteur) ».

[3] Berio n’est pas mentionné dans la note d’intention du spectacle.

[4] Elle est l’un des piliers des comédies à succès de Lescot à destination du jeune public, jouant en alternance dans J’ai trop peur, J’ai trop d’amis et Je suis trop vert.

[5] La note d’intention prévoit qu’on suit « les progrès de l’enfant qui en joue ».

[6] Il incarnait avec Ludmilla Dabo le couple marquant dans la comédie musicale de Lescot Une femme se déplace. il a également fait partie de la distribution de La Force qui ravage tout (2023).

[7] Dans sa note d’intention, Lescot se fait « le quatrième élément de cet orchestre », pour le « diriger de l’intérieur ».