E Entretien

Littérature

Akira Mizubayashi : « La démocratie japonaise est d’une fragilité insoupçonnée »

Fin juillet, le premier ministre japonais Shinzo Abe a conforté sa majorité au parlement, sans parvenir toutefois aux deux tiers nécessaires pour mener à bien son grand projet : réformer la Constitution pacifique de 1947. Un projet que dénonce le romancier japonais d’expression française Akira Mizubayashi, car les « fantômes » de l’Empire nippon menaçant sont toujours présent. Il faut lire l’action de l’actuel gouvernement à la lumière de la maudite période de la Guerre de quinze ans dont il est question dans son dernier roman, Âme brisée (Gallimard).

Akira Mizubayashi est un écrivain et un universitaire japonais d’expression française qui a raconté dans Une langue venue d’ailleurs (Gallimard, 2011) – lauréat de plusieurs prix littéraires – sa relation exceptionnelle avec notre langue. Très inspiré par la philosophie des Lumières, et plus particulièrement par l’œuvre de Rousseau, cet auteur ne cesse de s’interroger sur ce qui, dans l’être-ensemble japonais, empêche selon lui l’émergence d’une société civile authentique. Dans son dernier roman, Âme Brisée (paru le 29 août chez Gallimard), Akira Mizubayashi invente l’histoire d’un personnage dont la vie a été bouleversée un jour d’automne 1938 à Tokyo. Cette époque, c’est celle de la Guerre de quinze ans, au cours de laquelle l’Empire du Japon a envahi la Chine et l’Asie du Sud-Est, et qui est toujours bien présente dans les mémoires, comme en atteste les arguments utilisés pour justifier l’intensification récente des tensions économiques et diplomatiques entre la Corée du Sud et le Japon. Pour l’écrivain, la volonté actuelle du gouvernement japonais de modifier la Constitution de 1947 doit être lue à la lumière de cette période funeste. LT

Lucas Tiphine

Chercheur à l'École Urbaine de Lyon