Art contemporain

Katia Kameli : « Nous ne sommes pas dans un livre d’histoire mais le film fait histoire »

Critique d'art

Sous le beau titre Elle a allumé le vif du passé, l’exposition présentée à Marseille, au Frac PACA, de l’artiste franco-algérienne Katia Kameli explore les liens entre Histoire et images en déployant une recherche autour des images manquantes, des récits incomplets ou oubliés, des processus de reconstruction et de restitution, pour en constituer une archive vivante.

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À l’occasion de son exposition au Frac PACA à Marseille, Katia Kameli expose l’intégralité de ses deux projets au long cours, Le Roman algérien et Stream of Stories. L’artiste franco-algérienne y explore les liens entre Histoire et images en déployant une recherche autour des images manquantes, des récits incomplets ou oubliés, des processus de reconstruction et de restitution, pour en constituer une archive vivante.

Le Roman algérien s’articule en trois volets, trois films réalisés entre 2016 et 2019 qui se font écho les uns aux autres et qui nous plongent dans la production des images qui constituent la mémoire collective de l’Algérie sur ces 150 dernières années. Images officielles, coloniales, politiques, images fantasmées, absentes, réactivées, images des figures de l’Indépendance. Depuis cette production en grande partie représentative du récit officiel, Katia Kameli part à la recherche des femmes qui manquent derrière l’image, celles qui font les images, celles qui les racontent, les commentent. Elle cherche ainsi à substituer au récit national, colonial et patriarcal, celui de l’intime, de l’invisible et de l’invisibilisé et articule peu à peu les récits fragmentés véhiculés par les protagonistes et les figures politiques militantes effacées du grand récit. Katia Kameli les agence comme la possibilité d’un tout sans cesse réévalué, retraversé, recomposé par d’autres regards, celui des femmes.

La série Stream of Stories, démarrée en 2015, remet également au travail l’Histoire officielle pour remonter le fil des sources orientales dans lesquelles puise Jean de La Fontaine pour écrire certaines de ses fables, sources qu’il n’a par ailleurs jamais tenues secrètes. À l’heure où le grand poète français fête ses 400 ans et fait l’objet de diverses commémorations éditoriales, cette plongée salvatrice dans les racines et les très riches filiations littéraires orientales des Fables de La Fontaine nous ouvre un paysage à la géographie composite partant de l’I


Alexandra Baudelot

Critique d'art, Commissaire d'exposition et éditrice