Cinéma

Delépine & Kervern : « On n’est pas loin des débuts du cinéma »

Critique

Sorti en cette veille d’élection présidentielle, En même temps, le nouveau film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, met en scène deux maires – aux antipodes politiques – se retrouvant collés l’un à l’autre. Les deux compères de Groland reviennent pour AOC sur cette délirante fusion des corps politiques et leur pratique assez primitive de la réalisation.

En même temps est le 10e long-métrage du duo de réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern. Après un certain nombre de road-movies sociaux, ils arpentent cette fois-ci – à pied, en voiture ou en trottinette – les chemins de la politique locale : Pascal Molitor (Vincent Macaigne) est un maire écologiste et Didier Becquet (Jonathan Cohen) est le maire d’une commune voisine d’une droite assez extrême. Ils se retrouvent à un dîner, l’un cherchant à corrompre l’autre, autour de la création d’un parc de loisirs en lieu et place d’une forêt primaire. Piégés par un groupe féministe, ils se retrouvent collés. Cette cohabitation subie les contraint à évoluer ensemble, en marche vers une solution – en toute discrétion, pour mettre fin à cet attelage.

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La situation est bien sûr propice à de nombreux gags visuels, orchestrés par deux acteurs aux jeux rythmés par des dialogues ciselés. La forme du film – par le choix des cadres et par le jeu des acteurs lie finement burlesque et poésie. Après une scène de dialogue argumenté et précis entre les deux maires, cadrée large et en plan fixe comme un débat d’entre deux tours, le film va ensuite accompagner les démarches – cadencées – du duo désormais collé, qui appréhende ce nouveau corps à deux têtes et la réalité matérielle du monde – se lever, s’assoir, conduire une voiture, marcher. À partir d’une idée potache, la comédie des Grolandais s’avère furieusement fertile et nous donne à voir le portrait de notre société avec précision (féminisme, écologie, politique locale, greenwashing etc), une certaine tendresse et sans cynisme.
Les cinéastes nous parlent de leur façon de travailler, entre assurance et fragilité de façon à conserver un goût certain pour l’improvisation. Q.M.

Vos projets de films s’élaborent parfois dans la contrainte – comme la disponibilité d’un acteur par exemple. Là, aviez-vous dès le départ envie de coller la sortie du film aux élections présidentielles ? À quel moment avez-vous démarré l’écriture ?
B


Quentin Mével

Critique, Délégué général de l’Acrif

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