Cinéma

Mascha Schilinski :
« Je voulais que le son du film en sache plus que les personnages eux-mêmes »

Critique

Le nouveau film de Mascha Schilinski, Les Échos du passé, s’est construit autour de la cour fermée d’une ferme de l’Allemagne rurale. Par le son et un travail photographique précis, Schilinski étudie ce qui unit les femmes de cette maison à travers le temps : les traumas intergénérationnels, le regard des hommes, la servitude des corps féminins.

Semblable à la maison vide du dernier roman de Laurent Mauvignier, la protagoniste des Échos du passé est une ferme prospère pendant la première guerre mondiale. Les murs de sa cour fermée vont voir se succéder les descendants de la famille qui font face aux vicissitudes de l’Histoire de cette région rurale du Nord de l’Allemagne.

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Les traumatismes emmagasinés à une époque semblent continuer de hanter les espaces longtemps après la disparition de ceux qui les ont éprouvés. Dans son deuxième long métrage, ayant remporté le Prix du jury lors du dernier Festival de Cannes, Mascha Schilinski, qui a jadis coaché des enfants sur des tournages, tisse des liens secrets entre les occupants de cette maison. Les femmes qui y ont vécu semblent davantage dialoguer entre elles par-delà les époques qu’avec les hommes de leur temps dont elles partagent surtout les silences. Dans ce récit sensoriel, sauter de 1915 à la fin des années 1970 est parfois aussi simple que d’ouvrir la porte d’une chambre.

Le premier regard porté sur la maison est celui de Trudi, la bonne de la famille, signe annonciateur que la servitude du corps féminin sera l’un des fils rouges qui nous fera passer d’une époque à une autre par ricochet, par association d’idées ou d’images. Trudi sera stérilisée pour pouvoir satisfaire sexuellement les hommes de la maison sans tomber enceinte. Erika passera elle par la rivière pour échapper aux assauts des soldats de l’Armée rouge prenant la région lors de la défaite de 1945. Sa nièce, trente plus tard, traversera à la nage ce cours d’eau qui sépare les deux Allemagnes, pour gagner la rive interdite.

Dans ce labyrinthe des temps qu’incarne la ferme se tisse en échos un continuum des traumas autant qu’une histoire des images intimes, parmi lesquelles une tradition oubliée de curieuses mises en scène macabres. Peuplée de fantômes des âmes qui y ont laissé l’empreinte de leurs gestes, la maison garde le souvenir du passé et cache derrière ses portes le secret d’un


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