Betty Tchomanga : « Ce lien entre danse et Histoire, je suis allée le chercher chez chacun.e. »
Histoire(s) décoloniale(s). Portraits croisés, que signe la danseuse et chorégraphe Betty Tchomanga en 2023, est à nouveau à l’affiche du Théâtre de la Bastille à Paris, et en tournée au moins jusqu’à la fin de l’année. Composée de quatre soli faits à la mesure de chaque interprète (Emma Tricard, Folly Romain Azaman, Dalila Khatir et Adélaïde Desseauve aka Mulunesh[1]), cette série, encore ouverte, résulte d’un travail réalisé en tout premier lieu dans et pour des salles de classe, à l’invitation du Quartz – Scène nationale de Brest.

Sa force, qui soulève l’enthousiasme du public comme de la critique, réside autant dans la virtuosité des performeur.euses et l’efficacité de la mise en scène que dans la clarté de la problématique en jeu et la sensibilité avec laquelle elle se déplie. Les quatre récits-dansés, situés à la croisée de mémoires intimes et collectives, déconstruisent l’histoire coloniale en prenant appui sur celles de la danse et mettent au jour ses effets encore perceptibles aujourd’hui dans les rapports et dans les corps. Leur beauté réside aussi dans le processus de réparation qu’ils engagent, montrant, expliquant, racontant pour ouvrir des espaces poétiques de réappropriation. Dans l’entretien qui suit, Betty Tchomanga revient sur son approche de la recherche-création, la façon dont elle met ses questions au travail, mobilise des sources et dialogue avec les interprètes. Y. C.
Dans le documentaire audio que Charlotte Imbault a consacré à Histoire(s) décoloniale(s). Portraits croisés tu te présentes aux enfants de la classe en tant que chorégraphe et évoques ton travail en tant que celui d’une chercheuse. Comment décrirais-tu le domaine de ta recherche, pour ce projet-ci ou plus généralement ?
Je me rends compte que j’utilise ce terme de chercheuse, c’est vrai. J’ai cependant un rapport ambivalent avec le mot. En ce moment, je ne l’utilise plus trop. Peut-être parce qu’il est trop associé au cadre universitaire. C’est comme si je ne me sentais
