Cinéma

Laura Poitras : « Je suis convaincue que les archives ont une voix, qu’il faut la laisser s’exprimer dans le montage »

Critique

Documenter les figures qui résistent : avec Cover-Up, Laura Poitras continue à se saisir des scandales d’État avec un portrait de Seymour Hersh, figure majeure du journalisme d’investigation à qui l’on doit notamment la révélation du massacre de Mỹ Lai au Vietnam. La mobilisation d’archives inédites donnent au documentaire une ambiance de thriller. Impossible de ne pas penser à la situation contemporaine.

Avec Cover-Up : un journaliste face au pouvoir, la documentariste Laura Poitras fait le portrait de Seymour Hersh, journaliste d’investigation qui a couvert les grands scandales qui ont secoué les États-Unis ces soixante dernières années. Après avoir fait le portrait d’activistes et lanceurs d’alerte avec Nan Goldin dans son combat contre l’industrie pharmaceutique dans La Beauté et le sang versé, ou Edward Snowden, dénonçant la surveillance massive par la NSA dans Citizenfour, elle réalise avec Cover-Up un autoportrait en miroir. Avec le suspense haletant d’un thriller, la cinéaste reparcourt le cycle infernal d’un éternel recommencement, les mensonges et les crimes perpétrés par le gouvernement, et relie l’actualité et l’histoire, motifs sous-jacents de ses films précédents, qui investiguaient au présent en Irak (My Country, My Country), à Guantanamo (The Oath), en Cisjordanie (La Loi des plus forts). Son séjour en Suisse, à l’invitation du Festival Visions du réel de Nyon qui lui consacrait sa séance d’ouverture ainsi qu’une rencontre autour de son travail, a permis cet entretien alors que Cover-Up est encore visible sur Netflix. R. P.

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Votre désir de faire le portrait documentaire de Seymour Hersh remonte à 2005. Comment votre projet a-t-il évolué au long de ces vingt années d’attente ? 
Je voulais parler de son travail en général, de la façon dont il a pratiqué le journalisme d’investigation tout au long de sa carrière. J’avais surtout envie de faire un film qui puisse s’adresser aux futures générations de journalistes et qui puisse leur être utile. Mais l’interroger, cela met au jour l’ampleur de son œuvre, qui est tout simplement incroyable aux yeux de la citoyenne américaine que je suis. Nous lui devons tous tellement pour tous les sujets qu’il a révélés au cours de ses décennies d’activité. En 2005, je souhaitais l’interroger sur les conséquences de sa publication au sujet des tortures à la prison d’Abou Ghraib. Si vous vous souvenez des photos qui


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