Cinéma

Gabrielle Stemmer : «Il y a beaucoup d’impensés dans les images »

Critique

Avec La Grève, libre adaptation d’un livre d’Ovidie, Gabrielle Stemmer poursuit son travail de chiffonnière des images – JT télévisés, films de famille, archives de l’INA – pour faire apparaître, dans leur impensé, la persistance des violences faites aux femmes. La réalisatrice revient sur une méthode qui, de la désynchronisation sonore au glissement métaphorique, libère les images de tout devoir d’illustration.

Après un très remarqué Clean with Me (After Dark) en 2019, Gabrielle Stemmer revient avec La Grève, libre adaptation de l’essai La Chair est triste hélas d’Ovidie. Poursuivant son travail benjaminien de chiffonnière de l’Histoire, c’est une fois encore au contact de corpus d’archives a priori anodin, trop souvent délaissé – ici, des images de JT télévisés et des films amateurs de famille – que la réalisatrice fait s’exprimer la virtuosité de son montage. Donner de l’écho au texte initial s’opère ici par la mise en réseau d’illustrations des violences faites aux femmes disséminées dans les images du quotidien, du banal, de la norme.

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La Chair est triste hélas (et donc La Grève) est la mise en récit de l’expérience d’Ovidie, de sa grève du sexe avec les hommes. Plutôt, il faudrait parler de rupture avec les injonctions de l’hétéropatriarcat. Cette chronique d’un exil, d’une scission et de l’exclusion sociale qui en découle, est aussi celle de la fondation d’un nouveau regard. Depuis leurs tranchées, elles témoignent d’illusions qui leur sont désormais apparentes.

La radicalité du geste de Stemmer s’adjoint à celle de son matériau de base. Au regard des normes industrielles, voilà un insolite objet de collage à la durée souvent considérée comme bâtarde (55 minutes). Exploit, le film parvient à bénéficier d’une sortie en salle, cela après avoir remporté le grand prix du documentaire national au FIPADOC de Biarritz. La réussite aura toutefois nécessité son chemin de croix pour advenir. E.C.

Un film de la sorte marque avant même de le voir. Film-collage, exercice de style, 55 minutes, adaptation d’Ovidie, images d’archives de films de famille du Centre-Val de Loire des années 70, de quoi refiler une crise d’urticaire à n’importe quel·le producteur·ice, distributeur·ice ou exploitant·e. Comment naît le projet ? 
Effectivement, ce n’est pas un film très commun, et nous avons d’ailleurs eu du mal à le financer avec la productrice du film, Sandra da Fonseca. Mais à l


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