Ève Lambert : « Mon écriture, c’est de la pensée »
Face à Cumul I, la sculpture organique et énigmatique de Louise Bourgeois, Laura-Ève Lambert a vu surgir une voix : celle d’Alice, professeure d’histoire de l’art, femme trans, hantée par une culpabilité sans origine et un monde qui se referme.

Invitée par la collection Un seul art, imaginée par le Centre Pompidou et les éditions Grasset, à écrire un roman à partir de cette œuvre, l’auteure québécoise (Que notre joie demeure, Les sentiers de neige) y a trouvé l’occasion d’explorer la question qui la traverse depuis toujours : celle de la forme que l’on donne à son texte pour parvenir peut-être à dire le monde, à s’approcher au plus près de la conscience dans sa complexité, dans sa négativité aussi.
Pas de récit lissé ici, mais une plongée dans une conscience éclatée, où le flux de conscience — hérité de Woolf ou de Joyce — devient le terrain d’une lutte entre le surmoi et l’inconscient, entre la raison et la pulsion. Cumul I est un roman qui interroge et qui gronde. Rencontrée à Ménilmontant, Ève [NDLR – son prénom d’écrivain, Laura étant davantage réservé à la sphère intime] Lambert revient sur la genèse de ce texte, parle de Louise Bourgeois et Joyce Carol Oates, et de la nécessité de faire de la littérature un espace où l’on peut s’approcher du pire. G. S.
Dans le cadre de la collection Un seul art, vous avez accepté d’écrire sur une œuvre appartenant aux collections du Centre Pompidou. On vous a proposé Cumul 1, une sculpture de Louise Bourgeois. Avez-vous accepté d’emblée ? Quelle relation entretenez-vous avec l’œuvre de Louise Bourgeois ?
Je n’aurais voulu aucune autre œuvre. Je connaissais Louise Bourgeois et j’appréciais son travail. Elle a inventé une forme. Dans l’histoire de l’art je ne vois pas d’équivalent. Je connaissais Mother, la grosse araignée, j’avais vu Fillette, et la photo de Mapplethorpe ; aussi d’autres œuvres assez connues comme Femme maison, Femme couteau. J’avais vu également une installation, une grosse cage dans laquelle on pou
