F Fiction

Roman (extrait)

Kintu

Ecrivain

Kintu avait pourtant bien assuré son destin : deux épouses jumelles, une quantité d’enfants, une province bugandaise à gouverner, le tout sans trop pâtir des sanglantes rivalités entre familles royales. Jusqu’à ce que ce geste tragique, tuant accidentellement son fils adoptif, ne condamne sa descendance. Et la malédiction pèse lourd. Folie, mort violente, suicide : trois siècles de malheurs. Dès ce premier roman, l’écrivain ougandaise Jennifer Nansubuga Makumbi a su faire reconnaître de magnifiques talents de conteuse et un humour subtil mais non dissimulé. AOC continue sa série estivale avec les premières pages de cette saga traduite par Céline Schwaller, et à paraître à la rentrée aux Éditions Métailié.

Prologue

Bwaise, Kampala

Lundi 5 janvier 2004

 

Quelqu’un frappa à la porte. La compagne de Kamu se réveilla et l’enjamba pour aller ouvrir. Elle ramassa un kanga par terre et l’enroula autour de son corps nu. Elle tchipa, agacée d’être dérangée de si bonne heure, et alla à la porte avec la contrariété d’une épouse légitime dont le mari était à la maison.

La femme se considérait comme l’épouse de Kamu car elle avait emménagé avec lui deux ans plus tôt et il ne l’avait pas une seule fois jetée dehors. Tous les soirs après le travail il rentrait la retrouver, rapportait des provisions, mangeait les plats qu’elle préparait. Il avait toujours une faim de loup. Lorsqu’elle partait voir ses parents, Kamu lui donnait de l’argent pour qu’elle n’y aille pas les mains vides. C’était plus que ce qu’avaient bon nombre d’épouses agréées. En outre, elle n’avait entendu aucune rumeur à propos d’une autre femme. Kamu se tapait peut-être une fille de temps en temps mais au moins n’en faisait-il pas étalage devant elle. Le seul obstacle dans sa quête pour devenir l’épouse de Kamu à part entière était qu’il continuait d’utiliser un préservatif avec elle. Sa semence lui étant inaccessible, elle n’avait pu s’enraciner suffisamment pour résister à de futures tempêtes. Un enfant était beaucoup plus sûr que se dandiner dans l’allée d’une é...