F Fiction

Roman (extrait)

Nouvel an

Ecrivain

Lanzarote. Theresa, Henning et leurs deux enfants y passent leurs vacances de Noël. Des vacances qui commençaient plutôt bien, s’il n’y avait cette angoisse qui assaille, ou menace d’assaillir, Henning. Pour s’en défaire, celui-ci entreprend à vélo l’ascension du volcan Atalaya. Sous la banalité d’une vie sans histoires, les souvenirs, les remords, creusent leur sillon. Et lorsque, au bout de ses efforts, il atteint son but, il retrouve alors une mémoire enfouie et comprend qu’il est déjà venu sur l’île, du temps de son enfance, dans des conditions traumatisantes. La romancière allemande Juli Zeh se livre ici à une sorte d’expérimentation psychique qui concerne son personnage, certes, mais aussi le lecteur embarqué dans l’empathie. Extrait inédit de ce thriller à paraître chez Actes Sud à la rentrée, dans la traduction de Rose Labourie.

Il a mal aux jambes. En dessous, à l’endroit des muscles qu’on sollicite rarement et dont il a oublié le nom. À chaque coup de pédale, ses orteils cognent contre le revêtement intérieur de ses baskets, qui sont faites pour la course, pas pour le vélo. Le cuissard de cycliste premier prix ne protège pas correctement des frottements, Henning n’a pas d’eau sur lui, et le vélo est clairement trop lourd.

Pourtant, la température est presque parfaite. Le soleil est blanc dans le ciel, mais il ne tape pas. Si Henning était installé sur une chaise longue à l’abri du vent, il aurait chaud. S’il se promenait en bord de mer, il enfilerait une veste.

Faire du vélo, c’est de la pure détente – à vélo, Henning reprend des forces, à vélo, il est seul avec lui-même. Une bouffée d’air entre le travail et la famille. Les enfants ont deux et quatre ans.

Le vent lui permet de ne pas transpirer. Ça souffle fort aujourd’hui, trop fort même. Dès le petit-déjeuner, Theresa a commencé à se plaindre, elle aime se plaindre du temps qu’il fait, ce n’est pas méchant, mais ça agace quand même Henning. Trop chaud, trop froid, trop humide, trop sec. Aujourd’hui, trop de vent. Impossible de sortir avec les enfants.

 

Devoir rester enfermés toute la journée, on ne part pas au soleil pour ça. C’est Henning qui tenait à ces vacances. Ils auraient pu fêter Noël à la maison, sans se ruiner et dans le confort de leur grand appartemen...

Juli Zeh

Ecrivain