F Fiction

Récit

Fou comme un lapin

Écrivaine

Pour un prochain récit documentaire en projet, Joy Sorman a passé du temps, toutes les semaines, pendant un an, dans le secteur fermé d’un hôpital psychiatrique et y a fait la connaissance de Franck. Comment mettre du jeu dans l’approche médicale et sa violence. Comment avoir affaire à la folie, comment se représenter le rapport au réel, la souffrance et la grandeur de la folie. Avec vigilance et attention.

On longe un imposant mur d’enceinte, une barrière se lève, on passe une grille, puis c’est un sas vitré, on est maintenant dans un parc que délimitent des rangées de platanes, des allées bitumées, on marche encore, des silhouettes fument sur un banc, un lointain crachin sonore s’échappe d’un portable, on laisse derrière soi le salon de coiffure, la blanchisserie, la cafétéria, l’aumônerie, la salle de sport, le local syndical, l’atelier d’ergothérapie, et tout au bout se dresse le pavillon 4B, son jardinet, sa clôture, ses doubles fenêtres occultées et sa lourde porte métallique qui ouvre sur un couloir d’hôpital.

Une porte et un couloir, ces deux éléments signalent immédiatement l’institution. Je comprendrai plus tard leur importance : dans le couloir, d’abord, on fait les cent pas, on racle le sol, des allers-retours pour desserrer l’étau de la maladie, on s’immobilise aussi, on stagne, on squatte. Pendant que d’autres, dans ce même couloir, surveillent, font des rondes.

Puis la porte, qu’on ferme à clé, qu’on claque, devant laquelle on patiente, contre laquelle on s’acharne, on tambourine, on cogne, avec son poing ou sa tête, qu’on veut à tout prix ouvrir, à tout prix fermer. Qui à la fois protège et enferme – certains étouffent de la voir close, d’autres paniquent de la voir ouverte, sur l’hostilité du monde extérieur.

 

Ici, ce qui frappe d’emblée quand on y entre pour la première fois c’est l’odeur, elle flotte en nappes épaisses, ...

Joy Sorman

Écrivaine