F Fiction

Récit

Wuhan : chroniques d’un virus annoncé

Ecrivain

Nommé attaché culturel à Wuhan en octobre 2019, Alexandre Labruffe fait le récit de son installation en Chine puis de son exil forcé. Prophète improbable de la fin du monde, thème sous-jacent de son premier roman, Chroniques d’une station-service, il comptait, en partant à Wuhan, écrire une dystopie barrée axée sur cet univers post-apocalyptique. Un texte inédit.

D’abord, un sentiment d’irréalité. L’impression de ne pas être là.

Jusqu’à l’horizon, des immeubles, immobiles, laqués, glacés.
— Regarde Alexandre !
C’est ma collègue chinoise, Lanlan, qui s’arrête de marcher, m’interpelle en pointant son doigt vers le soleil qui décline. Je suis surpris, je regarde son index :
— Quoi ?
Elle répond :
— Mais là !
Je lève les yeux, je ne vois rien, je panique :
— Quoi ? Mais quoi ?!
Dans ma tête, des images de catastrophe, de films d’horreur, de science-fiction, de zombies, une comète qui perfore l’atmosphère. Devant moi : rien.
Elle s’extasie :
— Le ciel !!! On voit le ciel.
Elle s’arrête de marcher dans la rue et prend une photo du coucher de soleil avec son smartphone. Je regarde autour de moi. Tous les Chinois se sont arrêtés pour prendre la même photo du ciel qui s’embrase.

Cela fait dix jours que je suis arrivé à Wuhan et je me rends compte que je n’ai pas encore vu le ciel, que c’est la première fois que je vois le ciel.

Il n’y avait jusque-là que : ce nuage de pollution posé constamment sur la mégalopole, comme une écharpe, une chape, sur ses buildings post-futuristes, ses vieilles bâtisses. 300 jours sur 365.

Cela fait dix jours que je suis arrivé à Wuhan et cela fait dix jours...