Poèmes de Czernowitz (1938-1945)
Vœu
Des racines s’incurvent :
Là-dessous
vit sans doute une taupe…
ou un nain…
ou rien que de la terre
et un filet d’eau d’argent…
Mieux vaudrait mieux du sang.
•
Et même d’être seul est trop peu pour des larmes
quand mille feuilles peignent et repeignent vers toi
les mèches ruisselantes d’un discret mal du pays…
Celles qui se taisaient plus fort vont puiser dans le cercle
qui nimbe ton écoute, et chassent de son appui
le sommeil de ta solitude dans la blancheur.
Car tout délire obscur est dans la claire lumière aujourd’hui ;
et dans un frôlement les phalènes ont fait partir des migrations
dans ton destin jusqu’alors ignorant
des tessons et des cruches de cendres.
On prend peur il est vrai de l’entendre se briser,
mais il est trop clair pour que s’y joignent des larmes…
Dans le parc
Nuit. Et tout est là :
le lac, les arbres, la barque ;
les ronds dans l’eau…
Blanche
une lueur frôle le saule :
une fille
qui se hâte.
L’unique cygne passe devant nous.
Et si quelque étoile tremblante
s’écalait de sa coque de feu
et tombait dans le lac ?
Sur la rose d’eau ?
Le rouge-gorge périrait-il ?
•
Aucun tâtonnement désancré ne perturbe la main
et le mal du pays répandu dans la nuit porte en tremblant
la détresse de prières mains jointes vers le rougeoiement
dans l’anxiété de tes traits, plus sombrement tendus !
Les souffles trop peu sûrs retiennent leurs vrilles
dans la pente de ton visage ;
Et pour les effondrés, il tend devant les rêves,
une sollicitude discrètement peignée de lumière.
Mais ceux-ci tout à coup jaillissent du clair repos
et bien souvent sur eux le pourpre rabat un habit
de périls et de traversées et d’action sans rivage…
Ceux qui ainsi se sont échappés du repos, jamais tu ne les rejoindras
au pays des fourrés et l’emphase, abrupts et colorés —
Car tu es quiétude, mère, la lueur des tréfonds.
Fête des mères 1938.
•
La mère qui sans bruit nous guérit, de tout près,
nous effleure d’un doigt affaibli par le soir,
nous rend
