Poésie

Aimer et l’océan, et le ciel à l’intelligence d’arbre…

Écrivaine

C’est un écho à Thétis, le livre à peine paru de Christine Spianti, dont on se souvient du très beau récit poétique Comme ils vivent ; ou un autre fil tiré depuis la figure de la mère d’Achille. « Maintenant lire encore l’Iliade », sous-titre du texte inédit d’aujourd’hui, sonne comme un impératif, ce qu’on comprend deux fois : parce qu’aux premiers mots de la littérature occidentale, il y a la colère ; parce que, dans la guerre du monde actuel, Thétis est celle pour qui « le secours est l’ordre du Cosmos ».

Le regard de travers, Achille rapide à la course, lui dit :
« Malheur ! Ô toi, revêtu d’impudence, esprit de lucre[1] !»

C’est à Agamemnon qu’il s’adresse, l’autocrate vient de lui voler son tribut de guerre, son esclave, sa part d’honneur, celle pour laquelle Achille et son armée de Myrmidons ont tant travaillé — « Esprit de lucre ! » — cette colère d’Achille contre la frénésie d’accaparer — Achille qui tant peine au combat a pillé de ses mains les villes de Troade et, quand est venue l’heure de partager la rapine, Agamemnon, parce qu’il est déjà le plus riche, s’est s’approprié la plus grande part des trésors extorqués — le reste, Achille l’a divisé entre soldats et chefs de guerre :

Il n’est pas décent de l’enlever au peuple pour une collecte nouvelle[2].

Chacun a eu sa part du butin et l’a durement méritée, risquant sa vie au combat tandis qu’Agamemnon ne quitte pas le camp, accumule objets précieux, bœufs et esclaves, et renforce toujours plus son autocratie — l’impudence de la cupidité, ce délire d’hybris de toujours en vouloir plus, encore et encore, déchaîne la colère d’Achille au Chant I de l’Iliade, elle retentit encore en 2008 à Athènes, tout près de l’Université Polytechnique — haut-lieu de la résistance dans les années 70 contre la dictature des colonels qui réprime ses opposants par la torture et la déportation et qui, en novembre 73, massacre 29 étudiant.e.s à l’Université Polytechnique — dans ce quartier d’Exarcheia, où ce soir du 6 décembre 2008, étudiant.e.s et lycéen.ne.s manifestent, génération liquidée par la corruption des gouvernants, et affrontent encore la nuit du

roi mangeur de peuple, qui règne sur des hommes de rien[3]

Ces hommes de rien qui ont livré la Grèce à la finance mondiale pour la prospérité de leurs intérêts privés — « Esprit de lucre ! » comme dit Achille — contre une commission de 300 millions de dollars, Goldman Sachs à Londres a machiné « Éole » et « Ariane », ces montages financiers mythologiques qui conduiront à la ruine


[1] Chant 1, vers 149 (toutes les citations de L’Iliade dans la traduction de Pierre Judet de la Combe, Tout Homère, Albin Michel / Les Belles Lettres, 2019)

[2] Chant I, 126

[3] Chant I, 231

[4] Chant VIII, 306

[5] Chant IX, 401

[6] Chant IX, 410

[7] Chant XXII, 62-65

[8] Chant IV, 543-544

[9] Chant V, 830

[10] Chant XV, 110

[11] Chant IX, 321

[12] Chant 1, 61, traduction Marc Scialom, Librairie Générale Française, 1996.

[13] Pier Paolo Pasolini, Transhumaner et organiser, traduit et présenté par la poétesse Florence Pazzottu, Lanskine, 2025.

[14] Chant XXIV, 142

Christine Spianti

Écrivaine

Rayonnages

FictionsPoésie

Notes

[1] Chant 1, vers 149 (toutes les citations de L’Iliade dans la traduction de Pierre Judet de la Combe, Tout Homère, Albin Michel / Les Belles Lettres, 2019)

[2] Chant I, 126

[3] Chant I, 231

[4] Chant VIII, 306

[5] Chant IX, 401

[6] Chant IX, 410

[7] Chant XXII, 62-65

[8] Chant IV, 543-544

[9] Chant V, 830

[10] Chant XV, 110

[11] Chant IX, 321

[12] Chant 1, 61, traduction Marc Scialom, Librairie Générale Française, 1996.

[13] Pier Paolo Pasolini, Transhumaner et organiser, traduit et présenté par la poétesse Florence Pazzottu, Lanskine, 2025.

[14] Chant XXIV, 142