Présumé absent
Tout commence par une maison.
Celle-ci est en vente. Plantée fièrement en hauteur, face aux aiguilles d’Arves.
Elle attend que quelqu’un la vide, la vende ou l’habite. Elle est belle. Elle vaut un peu d’argent. Elle n’a pas vraiment de propriétaires. C’est compliqué.
***
Ça s’est passé à deux mille mètres d’altitude, en Maurienne. Sur le Col de la Roue ce jour-là il n’y avait presque personne. Juste le père et le fils : Pascal Chabert – dit Zito – quarante-huit ans et Adrien Chabert, adolescent, cheveux noirs hirsutes et teint clair. Ils sont penchés, en pleine récolte de myrtille. De brin en brin, de baie en baie, ils s’élèvent en regardant en bas (leurs mains, le seau) et pas en haut (les nuages noirs, la tempête). Surpris par une pluie battante, leurs chaussures ont dérapé sur les sentiers boueux. Puis les sentiers eux-mêmes ont perdu pied.
En quinze heures, l’eau et la terre mêlées envahirent tout. L’équivalent d’un mois de pluie. Quand la nuit vint on savait déjà le drame.
Les battues ont commencé à l’aube, il pleuvait encore, mais il fallut plus d’une semaine pour trouver la dépouille de Zito, déportée de plus de sept cents mètres du sentier initial. La réponse était là. On pleurait déjà. Mais le corps d’Adrien Chabert n’apparaissait pas.
Des semaines de recherche. Des hélicoptères, l’armée, des bataillons de gendarmes. Rien.
Le corps d’Adrien Chabert demeurait introuvable.
Sans doute était-il coincé quelque part, dans une anfractuosité de la roche, peut-être même avait-il chuté dans les failles sévères du col (mais qu’aurait-il fait si haut ?).
Peut-être la boue l’avait déplacé lui aussi, de centaines de mètres, de kilomètres, balayant les étagements, peut-être même dans l’autre sens (mais pourquoi ?). Très proche, la frontière italienne, on avait cherché Adrien là-bas, prononcé son nom dans une autre langue, sans relâche.
Le drame, avec sa moitié connue, et sa moitié floue, était intact, trois ans plus tard, en août 2021. Le 1er septembre 2021, Claudine
