Immigration zéro
1
Lorsque le réveil a sonné, lundi matin, des enclumes tintaient dans mon crâne. La soirée du dimanche avait débordé d’alcool, mais sans être festive pour autant. Bien au contraire. Nous avions bu, bu, et bu encore. Moins pour oublier que pour supporter l’événement.
Je tâtai l’espace à mes côtés dans le lit. Vide. Leïla était sûrement déjà partie au boulot, ou alors elle n’avait pas dormi ici, je ne me rappelais plus. J’avais fait mon possible pour la consoler, mais j’avais échoué. Nos copains de la soirée n’avaient pas eu plus de succès. Elle avait pleuré autant que nous avions bu.
Nous avions été plusieurs à merder, mais je me sentais responsable de son chagrin. J’avais cessé de voter depuis des années, par lassitude et parce que l’abstention était devenue ma petite rébellion insignifiante contre le monde politique. Pourtant, quand le visage de Jordan Bardella s’était affiché sur les écrans à vingt heures, je m’étais figé. Incapable de bouger. Lâche, j’avais fui le regard de Leïla pendant de longues secondes. De toute façon, elle n’y voyait plus : ses larmes coulaient, abondantes, et sillonnaient son visage comme l’eau qui ravine un paysage. Quand je l’avais enlacée, elle avait au moins eu la délicatesse – ou était-ce juste l’accablement ? – de ne pas me repousser. Après cet instant de sidération collective, quelqu’un avait sorti les bouteilles, et nous avions plongé dans l’ivresse pour grapiller quelques heures de grâce.
Je ne me souvenais plus comment j’étais rentré chez moi, ni Leïla avec moi ou chez elle. Pas grave, je l’appellerai dans la matinée. En attendant, j’avalai une aspirine, et me glissai sous la douche.
2
En sortant de mon immeuble avec précipitation pour filer au métro, je manquai de m’étaler sur un sac d’ordures jonchant le trottoir. Je me rattrapai à la poubelle verte qui dégorgeait d’immondices. Les éboueurs avaient fait la grasse matinée. « Bravo ! Ça commence bien la présidence Bardella ! », ne puis-je m’empêcher de commenter à voix basse, tou
