Essai

De grandes images interdites

Ecrivain

Rêve cette nuit, paru récemment, donnait à voir cette petite fabrique des pensées, de ce qui (re)monte à la conscience. Ici Anne Serre saisit comme ça, comme une rêverie, ces films qui pourtant nous habitent. Fellini a cette puissance. En produisant des images auxquelles, normalement, on n’a pas accès. « Je pense que c’est une image de la mort. »

Quand je pense à Fellini, je pense à certaines images qui m’ont profondément marquée, qui en réalité sont des scènes mais m’apparaissent comme des images fixes, pareilles à celles d’un jeu de cartes divinatoire, une sorte de tarot où chaque lame est à examiner soigneusement. Parmi ces images qui sont autant d’arcanes majeurs, il y a (entre autres) :

— l’arrivée du paquebot à la fin d’Amarcord ;

— l’énorme tête surgissant du canal dans Le Casanova ;

— la géante apparaissant sur la rive de la Tamise lorsque Casanova s’apprête, en grande tenue, à se suicider ;

— et puis la danse finale de Casanova avec la poupée. Qui est probablement la carte la plus importante du jeu.

Il y en a beaucoup d’autres, bien sûr : la danse de la Saraghina sur la plage et la descente d’escalier des fantômes de Fellini dans Huit et demi, le défilé des papes dans Fellini Roma, l’oncle Teo perché dans l’arbre et criant « Je veux une femme ! » dans Amarcord, le Christ survolant Rome, transporté par hélicoptère, dans La Dolce Vita…

Et parmi les arcanes mineurs, il y a cette foule de visages grimaçants, peinturlurés, avec ces corps extravagants, trop gros, trop grands, trop petits, trop vieux, cabossés. Les incroyables visages de femmes, en particulier. Mais d’incroyables visages d’hommes, aussi. Tous ces visages et ces corps qui sont dans un émoi et une agitation perpétuelle, souvent érotiques, toujours dramatiques, et qui appartiennent évidemment aux Mystères religieux, probablement aux mystères dionysiaques. Mais je m’en tiendrai ici aux quatre premières images, celles qui m’ont le plus frappée.

D’ailleurs, pour moi, tout a commencé par une image, dans ma rencontre avec Fellini. Quand j’étais enfant, mon père étant professeur de latin, il y avait pas mal de livres sur Rome et l’Italie à la maison. Dans l’un de ces livres qui était une sorte d’album-photos et qui se trouvait sur le rayonnage le plus bas de la bibliothèque, donc à portée de main d’un enfant, il y avait une photo en noir et blanc q


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